Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition énergétique, à LCI le 27 juillet 2022, sur une réduction globale par les pays de l’Union européenne de 15 % de leur utilisation du gaz russe, la sobriété énergétique, l’aide financière p

juillet 27, 2022

BERNARD POIRETTE
Cette invitée ce mercredi matin, c’est Agnès PANNIER-RUNACHER, la ministre de la Transition énergétique. Madame, bonjour.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

BERNARD POIRETTE
Vous étiez hier à Bruxelles, il y a eu un accord sur une réduction globale des pays de l’Union européenne de 15% de leur utilisation du gaz russe, d’ici le mois de mars prochain. Alors, les Hongrois, une fois de plus, ont traîné des pieds, il y a des tas de pays qui ont des dérogations, les petits insulaires, l’Espagne, le Portugal, etc. Mais globalement, est-ce que c’est un bon accord, qui va garantir notamment aux habitants de l’Union européenne, on verra pour les industries, un approvisionnement en gaz sécurisé pour l’hiver prochain ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C’est un très bon accord. D’abord, c‘est un accord important d’un point de vue politique, parce qu’il montre qu’en dépit de sa politique pour mettre de la dissension au sein de l’Union européenne, Vladimir POUTINE est face à un mur de solidarité, et que nous faisons bloc ensemble.

BERNARD POIRETTE
Il y a quand même le point Viktor ORBAN…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Certes, mais 26 pays sur 27 qui adoptent une mesure qui est d’habitude adoptée à la majorité qualifiée, en 5 jours, parce que ça aussi, c’est inédit, c’est un accord qui a été adopté en 5 jours…

BERNARD POIRETTE
Très rapide…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que c’est quasiment du jamais vu au niveau de l’Union européenne. Ça, c’est très important. La deuxième chose, c’est que c’est très important d’un point de vue énergétique, c’est-à-dire que c’est une obligation collective de réduire nos consommations de gaz, pour préparer l’hiver, avec un plan précis. Et les dérogations qui ont été mises en place sont des dérogations de bon sens, ce n’est pas des dérogations pour ne pas…

BERNARD POIRETTE
Pour faire plaisir…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, ce n’est pas pour faire des compromis. En réalité, on constate juste que ce n’est pas la peine de faire peser des obligations de réduction de gaz naturel au moment où une crise serait ressentie, si des îles ne sont pas capables de livrer le gaz naturel qu’elles économiseraient à leurs voisins. Donc ce sont, au contraire, des mesures qui permettent de préserver nos chaînes industrielles. Il faut être conscient que toutes ces chaînes industrielles, elles fonctionnent ensemble, et lorsqu’une usine s’arrête dans un pays, ça peut bloquer 30 usines dans d’autres pays. Et c’est de ça qu’il est question. Et puis, évidemment, vous l’avez dit, c’est un accord qui va protéger la population européenne, puisqu’en matière de gaz, les premiers protégés, ce sont les populations avec, là aussi, une volonté d’avoir un suivi très précis de ce que nous faisons, à titre d’exemple sur les stockages de gaz stratégiques, nous affichons, nous, une avance de près de 20 points par rapport à nos obligations, nous sommes à…

BERNARD POIRETTE
On est à 60%, là…

AGNES PANNIER-RUNACHER
74% de remplissage de nos stockages stratégiques…

BERNARD POIRETTE
Ce matin ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce matin, 75 même, là où la Commission européenne nous demandait 52% au 1er août. Donc vous voyez, ça pousse tout le monde à avancer beaucoup plus vite, et c’est ça qui est important…

ERIC DECOUTY
Madame la Ministre, on a quand même l’impression, quand on regarde un peu plus le détail de l’accord, que c’est un accord qui a été obtenu certes assez rapidement, mais parce qu’on dit un peu à chacun : faites de votre mieux, les Espagnols, les Italiens et les Portugais, d’un côté, les pays baltes, on a l’impression que c’est un peu un accord à la carte, et qu’il y a les apparences, il y a l’affichage qui est certes important, mais qu’après, dans le détail, chacun est un peu livré à soi-même…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne partage pas du tout ce point de vue. C’est un accord qui est engageant, et lorsqu’on parle de dérogations, ce sont des dérogations qui sont physiques, je vous donne un exemple, il y a des dérogations qui disent : ce n’est pas la peine de faire plus d’économies de gaz au moment de la crise que ce que vous pouvez faire pour livrer, saturer les tuyaux de livraisons de gaz vers vos voisins. C’est du bon sens.

ERIC DECOUTY
Est-ce qu’on va demander aux Allemands de faire plus, puisque c’est l’économie allemande qui est au coeur du problème, est-ce que les Allemands, dans cet accord, ils sont censés faire plus que les autres ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd’hui, les Allemands, ils sont dans une course contre la montre pour préserver.…

BERNARD POIRETTE
C’est les plus dépendants au gaz russe…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Leurs structures de gaz. Ce n’est pas les plus dépendants, demandez aux Polonais…

BERNARD POIRETTE
Donc les Baltes et les Polonais…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je veux dire, les Polonais, c’est quand même un pays de 60 millions de personnes, ce n’est pas exactement l’épaisseur du trait, donc, non. L’ensemble des pays de l’Est sont plus dépendants que ceux qui sont plus vers l’Occident, c’est logique, plus on est loin de la Russie, moins on est dépendant de la Russie, parce qu’on a recouru à d’autres sources d’approvisionnement, et encore une fois, c’est une question aussi d’interdépendance de nos…

ERIC DECOUTY
Est-ce qu’ils vont faire plus que les autres, les Allemands ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les Allemands, aujourd’hui, font beaucoup, je ne suis pas sûre qu’il faille être dans cette logique de : on doit surveiller et punir, je crois qu’on est dans une logique où on doit faire le maximum, et c’est très exactement ce que nous faisons en France avec le plan sobriété du président de la République…

ERIC DECOUTY
Oui, mais en 2010, ils ont demandé, les Allemands ont demandé beaucoup d’efforts aux pays du Sud, ont demandé beaucoup d’efforts au moment de la crise européenne de 2010…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et nous, nous leur demandons…

ERIC DECOUTY
Donc aujourd’hui, est-ce qu’il n’y a pas une forme d’égalitarisme, en tous les cas, puisque c’est eux…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, nous, notre sujet, c’est que ça fonctionne. Notre sujet, c’est de préserver l’économie, notre sujet, c’est que l’Allemagne soit capable de nous livrer de l’électricité quand nous l’appelons, et que nous soyons capables de livrer du gaz quand ils l’appellent, parce que la vulnérabilité française, c’est l’électricité, nous avons besoin d’importer de l’électricité, la vulnérabilité de l’Allemagne, c’est d’importer du gaz, et nous leur livrerons du gaz, et nous leur livrerons du gaz que nous n’utilisons pas, puisque nous, nous avons la chance de nous appuyer sur des terminaux méthaniers, nous avons la chance d’avoir des livraisons depuis la Norvège par un pipeline qui arrive directement en France, et donc nous passons ces approvisionnements vers l’Allemagne, mais également vers la Belgique et également vers la Suisse. Et encore une fois, il faut regarder l’économie comme étant interdépendante, un site s’arrête dans certains pays, c’est 30 sites qui s’arrêtent ailleurs, c’est l’économie industrielle qui s’effondre. Et ce n’est vraiment pas ce que nous cherchons à avoir.

BERNARD POIRETTE
Madame PANNIER-RUNACHER, donc vous nous donniez ce chiffre donc des réserves stratégiques qui sont plus hautes que ce que préconise la Commission de Bruxelles ce matin, pour la France…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Significativement.

BERNARD POIRETTE
Votre objectif, vous le répétez ce matin, c’est 80% à l’automne, c’est ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Notre objectif, c’est d’arriver à 100% avant le 1er novembre, très clairement…

BERNARD POIRETTE
100 %…

AGNES PANNIER-RUNACHER
100 % avant le 1er novembre. Nous avons ré-haussé notre objectif, parce que nous estimons qu’il faut prendre toutes les mesures pour protéger les Français, ces mesures, c’est l’augmentation de nos stockages stratégiques, ces mesures, c’est la mise en place d’un terminal méthanier, pas pour cet hiver, mais pour l’hiver prochain, parce que l’hiver prochain, nous n’aurons pas beaucoup plus de livraisons de gaz russe, il faut être raisonnable, on l’a bien compris, ces mesures, c’est la possibilité de réactiver notre centrale à charbon…

BERNARD POIRETTE
De Saint-Avold…

AGNES PANNIER-RUNACHER
De Saint-Avold, pour pouvoir produire de l’électricité au moment des pics de besoins de consommation. C’est tout cet ensemble de mesures qui nous permet d’être prêts pour affronter l’hiver.

BERNARD POIRETTE
Donc, les réserves, vous allez les chercher avec du gaz algérien, du gaz norvégien, du gaz liquéfié américain, qui arrive notamment à Antifer, près du Havre. Alors tout cela fait, et vous réactivez en plus, parce qu’en matière de sécurité, une centrale à charbon qui devait être fermée normalement dans les prochaines semaines, il y a eu un débat d’ailleurs à l’Assemblée nationale sur le terminal méthanier d’Antifer, certains députés disaient : on accélère la création de ce terminal en s’asseyant sur les lois environnementales, et les écologistes de l’Est disent : Saint-Avold, c’est de la folie, parce que c’est une centrale à charbon qui pollue horriblement ; c’est une quadrature cette histoire-là, on est obligé de polluer pour pallier le manque de gaz ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, soyons clairs, d’abord, Saint-Avold, la loi prévoit, et c’est nous qui passons cet article dans la loi, de compenser intégralement l’augmentation des émissions de CO2, qui est liée à cette centrale à charbon, intégralement, donc ça, c’est très clairement prévu par la loi. Et la deuxième chose, c’est que ça ne change rien à notre trajectoire carbone. Sur Le Havre, contrairement à ce qu’ont affirmé certains députés sur les bancs de l’Assemblée, on ne s’assoit pas sur les lois environnementales, on va plus vite, mais ça ne veut pas du tout dire qu’il n’y a pas une évaluation environnementale, c’est que, on le fait dans un ordre qui n’est pas celui que l’on fait habituellement. Donc je veux être très claire sur ça. Et puis, le troisième point, qui est très important, c’est que nous nous sommes engagés dans une trajectoire de sobriété énergétique, de diminution de notre consommation énergétique, le président de la République et la Première ministre ont été très clairs, la Première ministre a publié encore hier matin…

BERNARD POIRETTE
Hier matin, circulaire…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Une circulaire demandant l’exemplarité des administrations, des ministères et de l’ensemble des fonctionnaires, cette trajectoire, elle est au coeur de notre projet de transition énergétique, elle montre que, au-delà de ce que ponctuellement, on peut faire pour l’hiver prochain, l’enjeu est de diminuer drastiquement notre empreinte carbone.

BERNARD POIRETTE
Madame PANNIER-RUNACHER, pardonnez-moi, je vais me faire un peu l’avocat du diable, mais le Gouvernement a fait vraiment de la promotion de cette décision, qui est la vôtre d’ailleurs, quand il y a de la climatisation dans des lieux publics ou privés, des magasins, etc., on ferme la porte, d’accord, et la nuit, dans la mesure du possible, tous les allumages non sécuritaires sont éteints ; tout ça, c’est pour faire des économies d’énergie, on est d’accord. Madame Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, il y a dix ans, avait pris exactement les mêmes mesures qui n’ont jamais été appliquées, pourquoi les vôtres le seraient-elles ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Parce que nous sommes dans un moment où nous allons les faire appliquer, tout simplement, parce que nous ne faisons pas de la politique pour faire des coups politiques, mais nous faisons de la politique pour que nos mesures soient appliquées, tout ce qui a été la ligne du Gouvernement, du président de la République, ces cinq dernières années, et à nouveau aujourd’hui, c’est de dire ce qu’on fait, et surtout, de faire ce qu’on dit, c’est-à-dire que, au-delà des mesures que nous annonçons, nous veillons à ce qu’elles soient appliquées. Moi, j’ai porté par exemple le plan de relance sur l’industrie ces deux dernières années, eh bien, une entreprise industrielle sur trois a bénéficié du plan de relance, ça, ce n’est pas un coup politique, ça, c’est la réalité d’aller chercher chacun des acteurs sur le terrain, et de faire en sorte que les mesures soient appliquées, et on le voit aujourd’hui avec le plan sobriété, ce n’est pas moi qui prends des mesures et qui dit à la grande distribution : faites ceci, faites cela, c’est moi qui mets en situation la grande distribution d’appliquer des mesures de sobriété énergétique qui vont bien plus loin que la réglementation et que la loi, et c’est ça qui est intéressant, c’est qu’aujourd’hui, nous avons des engagements des entreprises qui sont en train d’être mis en oeuvre, concrètement, sur le terrain qui permettent d’économiser massivement de l’énergie.

ERIC DECOUTY
On est au coeur du sujet, votre plan, les mesures que vous prenez, elles ne peuvent fonctionner que s’il y a une adhésion, aussi bien des citoyens que des entreprises, on est au coeur du sujet…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait…

ERIC DECOUTY
Ce que vous expliquez. Mais cette adhésion, là, aujourd’hui, des populations, nous sommes en été, la situation est à peu près acceptable, mais elle va se compliquer à la rentrée, il y a des questions de pouvoir d’achat qui vont se poser, il y a l’hiver qui va arriver, est-ce que vous pensez que la communication que vous faites et la force de conviction que vous déployez, pas vous en particulier, mais d’une manière générale, elle est susceptible de poursuivre dans l’adhésion des populations, en particulier, à cet effort de sobriété ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi, j’observe que les Français ont aussi évolué depuis dix ans…

ERIC DECOUTY
C’est des réalités sociales et économiques aussi qui sont là…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, justement, l’avantage de la lutte contre le gaspillage d’énergie, c’est que c’est positif pour lutter contre le réchauffement climatique. C’est que ça permet d’économiser de l’argent, de l’argent public, lorsque vous êtes une administration, des dépenses, lorsque vous êtes une entreprise, du pouvoir d’achat, lorsque vous êtes un ménage, donc c’est gagnant, et c’est également gagnant en termes de souveraineté énergétique et d’indépendance. Donc c’est gagnant sur tous les plans. Donc évidemment, c’est beaucoup plus facile de porter des mesures qui disent : faisons collectivement la chasse au gaspi, puisque vous ne pouvez jamais perdre en faisant la chasse au gaspi. Le fait que les administrations aient des températures de chauffage des bureaux qui sont celles qui, depuis des années, existent en réalité, parce que la France est un pays bien tenu, on a des lois qui précisent les choses, et quand tout simplement, on les applique n’a pas d’impact négatif sur les conditions de travail

ERIC DECOUTY
Excusez-moi mais on demande aux Français beaucoup d’efforts depuis maintenant 2 à 3 années. Il y a eu le Covid, il y a eu la crise du Covid, aujourd’hui il y a la guerre, au-delà de l’acceptation a priori ne craignez-vous pas, je pose ma question autrement qu’il y ait une saturation et qu’à force d’efforts et français comme d’ailleurs ce n’est pas une réalité qui est propre à la France, à l’ensemble des Européens, disent ça suffit ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi je pense qu’au contraire les Français sont sensibles au fait que l’effort soit partagé, ce qui est fondamental dans la psyché française, c’est le principe d’égalité et ce qui rend crédible la réalisation de ces efforts, c’est de se dire, tout le monde s’y met et en particulier les gros, les grandes entreprises, les grandes administrations, ils prennent leur part de l’effort.

ERIC DECOUTY
Et les Allemands aussi…

AGNES PANNIER-RUNACHER
et donc ça devient acceptable et les Allemands encore plus aujourd’hui, je rappelle que le président, le ministre de l’Economie et de l’énergie Robert HABECK, il communique de manière très forte sur le fait qu’il faut prendre des douches moins longues et plus froides, donc on n’est pas tout à fait dans le même registre que les Allemands.

BERNARD POIRETTE
C’est basique mais c’est très important.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, donc tout le monde fait des efforts et c’est très important de montrer que l’Etat, les administrations, les ministères sont absolument exemplaires. et ça veut dire que nous ne le sommes pas aujourd’hui et c’est pour ça que la Première ministre se mobilise, elle est en charge de la planification écologique, elle envoie un message très clair au ministre, un message très clair à ses administrations en disant si vous voulez demain demander à tout à chacun de faire des efforts nous devons commencer par le faire et puis surtout compte tenu du nombre de personnes que nous employons et du nombre de mètres carrés que nous gérons, nous sommes capables de faire la différence, beaucoup plus que des ménages qui déjà font attention à leur consommation d’énergie, parce qu’on sait bien que plein ménages font attention, donc on va pas leur demander de continuer à baisser le chauffage s’ils sont déjà 19 degrés, ça n’aurait pas de sens et ça ne serait pas juste.

BERNARD POIRETTE
Madame PANNIER-RUNACHER, l’Assemblée nationale et très certainement les sénateurs vont confirmer, poussent l’aide donc financière pour l’achat du carburant, puisqu’on est à 18 centimes, ça va passer à 30 centimes, tout ça sur finances publiques, dans le même temps je ne vois rien venir sur l’encouragement à abandonner les moteurs thermiques. Alors en fait ces histoires-là, ça a été comme ça, il y a eu des débats, il y avait des primes.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne peux pas vous laisser dire ça.

BERNARD POIRETTE
Attendez, il y a eu des primes pour sortir les vieilles voitures du parc etc, puis ça a baissé, puis c’est remonté etc. l’objectif plutôt que de donner des primes à acheter de l’essence, ce ne serait pas de donner des primes à passer aux voitures sans essence ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais si vous avez bien lu le projet de loi de finances rectificative vous avez un abondement massif de la prime à la conversion et du bonus écologique. C’est-à-dire tous les dispositifs qui permettent aux Français de changer de voiture. Vous avez une prolongation de la prime écologique de 6000 euros pour pouvoir passer à une voiture électrique. mais qu’est-ce que nous faisons, nous devons conjuguer l’accompagnement des Français à moyen terme et nous avons accompagné plus d’un million de ménages dans leur changement de véhicule pour justement moins consommer d’essence voire pouvoir aller vers les voitures électriques ou les hybrides rechargeables, mais dans le même temps nous avons des Français qui demain matin utilisent leur voiture pour aller travailler, pour amener leurs enfants à l’école, pour aller visiter leurs parents à l’EHPAD qui ne peuvent pas utiliser d’autres moyens de transport parce qu’ils n’ont pas de transport en commun accessibles et qui ne peuvent pas se payer l’essence. Et donc c’est cette conjugaison des deux éléments. Ces Français-là, ils ne vont pas pouvoir changer de voiture la semaine prochaine, ne serait-ce que parce qu’aujourd’hui les délais de livraison des voitures sont supérieurs à 6 mois. Donc nous sommes, je veux dire, nous prenons la réalité des Français de telle elle est, il faut les aider à passer cet hiver parce que tout le monde ne peut pas changer de voiture en une semaine et dans le même temps nous accompagnons massivement le changement de véhicule, mais nous ne faisons pas que ça. Nous développons les transports en commun, nous remettons des petites lignes ferroviaires et nous avons fait un effort considérable en ce sens dans le plan de relance par exemple. Nous avons, Clément BEAUNE vient d’annoncer il y a 2 jours un plan vélo et le vélo ça ne fonctionne pas pour tous les déplacements, mais ça fonctionne pour des déplacements en ville. C’est tout cela que nous accompagnons aujourd’hui et c’est un plan qui est parfaitement cohérent et qui conjugue le court terme, c’est-à-dire comment on fait demain matin pour aller se déplacer quand on n’a pas les moyens, qu’on a du mal à joindre les debout alors qu’on travaille ? Et comment on fait pour que dans 5 ans les Français ne soient plus prisonniers des énergies fossiles ?

ERIC DECOUTY
Une question très simple, ça fait des années que Viktor ORBAN et la Hongrie pourrit la vie de l’Union européenne, il y a des rapports qui ont été publiés, des enquêtes sur le niveau de corruption, sur le respect de l’Etat de droit, aujourd’hui il y a une allégeance à POUTINE qui est régulière, on l’a vu encore hier. Jusqu’à quand l’Union européenne va tolérer Viktor ORBAN dans la Communauté européenne, dans l’Union européenne ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors l’Union européenne n’est pas rester les bras ballants comme vous le dites, il y a un certain nombre d’enquêtes qui ont été menées mais il y a aussi un certain nombre de mesures. Vous savez que lorsque vous êtes sous ce type d’enquête vous ne pouvez pas bénéficier de l’ensemble des fonds européens par exemple. Donc nous avons une approche…

ERIC DECOUTY
On lui a coupé le robinet financier à ORBAN aujourd’hui, vous pouvez dire que le robinet financier des aides de l’Union européenne a été coupé, je ne suis pas certain de ça. Si enfin dans certaines situations, je ne suis pas certain de ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si, enfin dans certaines situations monsieur ORBAN ne bénéficie pas des mêmes, on va dire, facilités que les autres pays européens et il doit rendre des comptes de manière plus approfondie que l’ensemble des autres pays européens. Et puis pour remettre les choses en perspective encore une fois les décisions où vous avez un pays qui s’oppose, c’est des choses assez classiques. La manière dont Viktor ORBAN s’y oppose est, je dirais plus vocale et plus agressive que l’habitude diplomatique, mais toutes les décisions qui sont prises au niveau européen ne sont pas toujours validées par l’ensemble des pays européens.

ERIC DECOUTY
Ça va continuer comme ça.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Toutes les décisions ne sont pas prises à l’unanimité. Je pense que c’est important surtout d’être conscient que notre unité européenne est notre meilleure arme contre monsieur POUTINE.

BERNARD POIRETTE
Madame PANNIER-RUNACHER, un mot également du parc nucléaire français qui n’est pas en bonne état, c’est de notoriété publique, il y a beaucoup de centrales dont certaines tranches sont à l’arrêt parce qu’il y a de la corrosion, il y a des fuites, tout cela n’est pas grave…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il n’y a pas de fuite, il y a de la corrosion, s’il y avait des fuites, ce serait très inquiétant.

BERNARD POIRETTE
Il y a essentiellement de la corrosion, donc ce n’est pas grave en matière de santé publique mais c’est grave en matière d’alimentation du réseau électrique notamment parce qu’on a une moindre capacité à exporter notre énergie, qui nous ramenait de l’argent tout simplement. Moralité, EDF est en situation difficile et va être renationalisée en totalité. Est-ce que vous avez une vision claire de ce qu’est l’avenir à moyen terme dirons-nous pas au-delà du nucléaire français ? Est-ce que tout va refonctionner dans un délai que vous percevez ou est-ce que vous avancez au jour le jour ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je crois qu’il y a eu un travail considérable qui a été fait par les équipes d’EDF et de l’Autorité de Sûreté Nucléaire qui suit ces sujets-là. Je vais remettre les choses en perspective peut-être.

BERNARD POIRETTE
On a une minute.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Première chose sur nos 56 réacteurs, 12 sont à l’arrêt aujourd’hui pour des soupçons ou des découvertes avérées de corrosion, l’Autorité de sûreté nucléaire rendra son avis aujourd’hui sur le plan proposé par EDF pour dire si ce plan lui paraît approprié ou non.

BERNARD POIRETTE
Aujourd’hui.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd’hui. Donc je ne peux pas préjuger de l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire, mais nous aurons l’information dans la journée. Deuxième chose, s’agissant des autres réacteurs qui sont à l’arrêt, c’est des maintenances, c’est des maintenances courantes qui n’ont aucun caractère exceptionnel et qu’EDF a positionné plutôt en période d’été précisément pour pouvoir couvrir au maximum l’hiver et pouvoir produire au maximum l’hiver. donc effectivement aujourd’hui 30 réacteurs sur 56 sont arrêtés et sur ces 30 réacteurs il y en a 18 qui ont évidemment vocation à redémarrer selon un plan qui a d’ailleurs été communiqué et qui est public, dans les semaines qui viennent et 12 réacteurs sur lesquels l’Autorité de sûreté nucléaire va nous dire, le plan de réparation que vous nous proposez nous convient ou pas et c’est ça qui est important et nous aurons les informations dans la journée. Et je vais être très clair tout est complètement transparent et public, vous avez un dispositif de communication qui s’appelle REMIT où les dates de redémarrage de centrale une par une sont spécifiées et où il est également indiqué les aléas possibles de façon à avoir une trajectoire qui correspondrait à la prise en compte des aléas normaux dans ce type de situation. Donc moi j’ai demandé à EDF de faire la plus grande transparence et c’est ce qui est fait vis-à-vis de ces contreparties.

BERNARD POIRETTE
Merci infiniment Agnès PANNIER-RUNACHER, la ministre de la Transition énergétique très didactique ce matin sur le plateau de LCI, je vous souhaite une bonne journée.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonne journée à vous.

BERNARD POIRETTE
Et un bon été à vous Madame.

Source : Service d’information du Gouvernement, le 28 juillet 2022

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