Rendez-vous raté avec les récits écologiques : l’imagination fertile a failli être au pouvoir en 1968

juillet 22, 2022
afp com 19980331 PH PAR SAPA980331373160 highres Rendez-vous raté avec les récits écologiques : l’imagination fertile a failli être au pouvoir en 1968

Publié le 22 juillet 2022

La société de production Newtopia a récemment été créée pour « imaginer un futur désirable, écologiquement soutenable et socialement juste« , précise Cyril Dion, l’un des fondateurs. En 1968 déjà, des artistes avaient tenté de prendre le contre-pied de « l’American way of life » porté par le cinéma américain pour façonner une société plus juste et déjà plus écologique. Toute la semaine, Novethic revient sur ces rendez-vous historiques ratés avec l’écologie qui auraient pu être déterminants pour nos modes de vie. 

« Les trajectoires de société sont conditionnées par des récits qui fondent la puissance économique, politique, financière… », défend le réalisateur et écrivain Cyril Dion, qui vient de co-créer la société de production Newtopia. Le succès du film « Don’t Look Up : déni cosmique » est un modèle du genre. Ses nombreuses répercussions ont achevé de convaincre ceux qui doutaient encore de la puissance des récits. Adam McKay, réalisateur du long-métrage, établit en effet un exploit : toucher un très large public, en parlant de la menace que représente l’inaction climatique. Son impact est tel, qu’en mars dernier, des marches pour le climat intitulées « Look Up », ont été organisées partout en France.

Déjà en mai 1968, la volonté de faire triompher d’autres valeurs faisaient partie des enjeux poursuivis par certains cinéastes. La mobilisation historique des jeunes, des femmes, des ouvriers a en effet marqué des générations et permis à la société de changer de siècle. « Soyez réalistes, demandez l’impossible ! », « Faites l’amour et recommencez ! », « Sous les pavés, la plage », « L’imagination au pouvoir »… figurent parmi les slogans qui ont marqué les esprits.

Le cinéma participe à la contestation

Dans les cortèges, les manifestants ont réclamé plus de pouvoir, plus de parole, plus de liberté. Après huit semaines de révolte étudiante, de barricades, d’échauffourées avec la police, d’occupation d’usines et de grève générale ou de « chienlit », la société se métamorphose et les accords de Grenelle sont signés le 27 mai, la plus importante avancée sociale depuis 1936.

Les bastions culturels et notamment le cinéma ont largement contribué à ce mouvement. Ainsi, Jean-Luc Godard et François Truffaut décident d’annuler les projections en soutien aux grévistes lors du festival de Cannes de cette année. Le but est de prouver que le cinéma participe à la contestation. Puis Jean-Luc Godard met son œuvre au service des revendications ouvrières et étudiantes.

Le cinéaste tente de faire rayonner un idéal de révolution, tout comme les œuvres de Chris Marker, Agnès Varda et d’autres. Des films militants sont réalisés comme des œuvres de combat. Ils veulent réveiller les foules et contester l’ordre établi et la société capitaliste, à l’opposé des films grand public. 

Rendre compte de la réalité des travailleurs

En 1968, certains ont également voulu abolir le modèle de la société de consommation et l’économie capitaliste. Les collectifs de cinéastes bouillonnaient : des expériences nouvelles furent initiées pour rendre compte de la réalité des travailleurs. Ils balayent les poncifs jusqu’alors peu contestés de patrons qui commandent et s’accaparent les richesses, et d’ouvriers qui se contentent d’exécuter.

Mai 68 contribue ainsi à faire advenir un nouveau cinéma et de nouvelles valeurs, sans toutefois chambouler l’ordre établi. La société de consommation notamment n’est pas remise en cause. Mais peut-être que des récits sur le changement climatique pourraient contribuer à la ringardiser.

C’est en tout cas l’objectif des fondateurs de Newtopia aujourd’hui. « L’idée, c’est de prendre le contrepied de l’American way of life qui s’est imposée pendant des décennies notamment grâce au cinéma américain, pour faire advenir un Ecological way of life’« , explique Cyril Dion. 

Mathilde Golla @Mathgolla

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