Un million de travailleurs pauvres en France

mai 12, 2022

arton905 9bdae Un million de travailleurs pauvres en France

1,2 million de personnes exercent un emploi mais disposent d’un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté fixé à la moitié du niveau de vie médian (918 euros par mois pour une personne seule), selon les données 2019 de l’Insee. Si on fixe le seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian (1 102 euros par mois), on en compte 2,1 millions.

La pauvreté des travailleurs se stabilise à un niveau élevé. Elle avait légèrement diminué au début des années 2000, avant de remonter pour atteindre 1,1 million de personnes en 2011 (toujours au seuil de pauvreté de 50 %). Après une nouvelle baisse au milieu des années 2010, cette pauvreté est repartie à la hausse pour atteindre un sommet en 2017.

Actifs occupés. Séries recalculées pour tenir compte des ruptures de série de 2010 et 2012. Lecture : en 2019, 1 186 000 personnes qui travaillent ont des revenus inférieurs au seuil de pauvreté fixé à 50 % du niveau de vie médian.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

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De la même façon, le taux de travailleurs pauvres au seuil de pauvreté de 50 % du niveau de vie médian, qui avait diminué de 5,5 % en 1996 à 4 % en 2002, a oscillé ensuite entre 4 % et 4,3 % jusqu’en 2016. Elle atteint un pic à 4,7 % en 2017, et s’établit à 4,5 % en 2019, dernière donnée disponible.

Seuil de pauvreté de 50 % du niveau de vie médian. Série recalculée pour tenir compte des ruptures de série de 2010 et 2012. Lecture : en 2019, 4,5 % des personnes qui ont un emploi (salariés et indépendants) vivent sous le seuil de pauvreté, fixé à 50 % du niveau de vie médian.
Source : Insee – © Observatoire des inégalités

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La pauvreté des travailleurs est restée assez stable pendant vingt ans. Sa remontée récente est un phénomène nouveau. Le recul du chômage a bénéficié à toutes les catégories de métiers, y compris les moins qualifiés. Mais cette amélioration de l’emploi s’est faite au prix d’une flexibilisation du droit du travail et d’une précarisation des emplois. Une partie des ouvriers et employés peu qualifiés qui ont retrouvé un emploi viennent gonfler le nombre de travailleurs pauvres, faute d’une rémunération ou d’un temps de travail suffisant. La stabilisation récente du taux de pauvreté des personnes qui travaillent s’explique par le recul progressif de la part de salariés à temps partiel et par l’augmentation de la prime d’activité versée aux salariés modestes, décidée en 2019 suite au mouvement des « gilets jaunes ».

Malgré l’existence d’un salaire minimum en France, le travail ne protège pas de la pauvreté. Plus d’un million de personnes (salariés ou travailleurs indépendants) vivent dans la pauvreté bien qu’elles soient en emploi. Une situation qui nourrit un sentiment d’injustice et des tensions sociales.

Qu’est-ce qu’un travailleur pauvre ?
Un travailleur pauvre est une personne qui travaille au moment de l’enquête de l’Insee, mais dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. Si elle vit seule, on compare son revenu après impôts et prestations sociales au seuil de pauvreté. Si elle vit dans un ménage de plusieurs personnes, on rapporte les revenus de l’ensemble du ménage au nombre de personnes qui le composent. Il ne s’agit pas de la rémunération que le travailleur tire individuellement de son travail, mais du niveau de vie global de sa famille. Une personne qui travaille pour un salaire très faible (un smic en temps partiel, par exemple) ne sera pas considérée comme pauvre si son conjoint dispose d’un revenu qui permet au couple de sortir de la pauvreté. À l’inverse, une personne à plein temps au smic pourra être comptée comme travailleur pauvre si son salaire est la seule ressource pour sa famille.

Voir également notre article « La pauvreté selon l’activité ».

Photo / © fotolia – pressmaster

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