Reducing Inequality Index : chiffrer la fin de la pauvreté en Afrique australe en 2030

mai 10, 2022

Tous les deux ans est publié le rapport “Reducing Inequality Index”, portant notamment sur la région de l’Afrique Australe (qui regroupe en son sein seize pays de l’Afrique australe et de l’océan indien : Afrique du Sud, Angola, Botswana, Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, République démocratique du Congo, Seychelles, Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe, Comores).

A l’image des précédentes, cette édition du rapport a pour but de brosser le tableau global de l’état des inégalités de la région. Déjà élevées, mais en plus forte hausse depuis la pandémie de COVID-19, les inégalités constatées dans la zone pourraient bien empêcher ces pays d’atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies en 2030. Pourtant, rien n’est perdu : le rapport fait état des mesures multiples qui peuvent changer la donne.

Un outil empirique pour mesurer les inégalités

La pandémie de COVID-19, accélérateur des inégalités

Le fait que la pandémie de COVID-19 ait largement freiné les efforts des pays engagés pour plus d’égalité au sein de ses politiques publiques a été beaucoup documenté par les Organisations Non Gouvernementales (ONG) et autres membres de la société civile. Entre pauvres et riches, hommes et femmes, urbain et ruraux, l’écart n’a cessé de se creuser lors de ces deux dernières années. Et pour cause : la perte d’emploi, la maladie ainsi que la saturation des services publics a poussé des millions de personnes dans la pauvreté. Le fonctionnement de ce système global profondément inégalitaire a très vite joué des tours aux pays les plus pauvres. En effet, à la fin du mois de mars 2022, seuls 14% des citoyens de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe avaient été entièrement vaccinés contre la COVID-19, contre 65,5% de la population aux Etats Unis et 73% dans l’Union Européenne. Le combat pour la levée des brevets et un accès égal et juste à la vaccination contre ce virus est toujours à l’œuvre.

A ces difficultés majeures relatives aux soins et à la vaccination, s’est ajouté à la balance un endettement croissant des pays pauvres, ainsi qu’un manque de soutien extérieur pour les budgets nationaux. Appuyées par le FMI, ces politiques d’austérité n’ont laissé que très peu de place à ces Etats pour se relever économiquement. Ainsi, aujourd’hui peut se dessiner sous nos yeux de nouvelles opportunités de développement, puisque les gouvernements de la communauté du développement d’Afrique Australe ont de nouveau une chance de changer de paradigme en faisant de la réduction des inégalités au sein de leurs pays la prochaine grande priorité. Plusieurs mesures sont identifiées pour atteindre ce but : augmenter les impôts sur les riches et les grandes entreprises, accroître les dépenses publiques (notamment en matière de soins de santé, d’éducation et de protection sociale), renforcer les droits des travailleurs et lutter contre le chômage et le travail précaire. Avec un soutien extérieur, notamment par le biais de l’allègement de la dette et de l’aide, ils pourraient réduire radicalement les inégalités et éliminer l’extrême pauvreté d’ici 2030.

Lire le rapport

Un long chemin vers l’atteinte des ODD des Nations Unies

Selon un rapport co-établi par le Development Finance International, la Norwegian Church Aid et Oxfam International, la communauté des pays d’Afrique Australe se place au rang de seconde région sur cinq en termes de dynamique de réduction des inégalités. Cependant, les habitants de la région vivent sous des gouvernements environ 33% moins engagée dans cette lutte que ceux d’Afrique du Nord, qui se situe loin devant. Il existe deux raisons principales à ce constat : la communauté des pays d’Afrique Australe compte plus de pays à revenu moyen supérieur et à revenu élevé. De ce fait, ils disposent d’une capacité contributive plus élevée, et peuvent donc plus investir dans le secteur des services publics. Deuxièmement, ces pays comptant déjà comme certains des plus inégalitaires au monde, cela signifie qu’un énorme effort a été fourni par ces Etats en matière de réduction des inégalités. Ces efforts sont encourageants, mais encore insuffisants : la Communauté de développement de l’Afrique Australe fait en moyenne deux fois moins d’efforts pour lutter contre les inégalités que les pays les plus performants au niveau mondial, ce qui signifie que ses États membres font preuve de beaucoup moins d’engagement qu’ils ne le pourraient, en partie parce que leurs niveaux de revenus sont inférieurs à ceux de la plupart des pays les plus performants.

Pourtant, cette région d’Afrique dispose de nombreuses ressources naturelles ; mais une nouvelle fois la difficulté ne repose pas sur la quantité de richesse disponible, mais sur son accaparement par une minorité au détriment d’une juste distribution. En effet, bien que l’industrie extractive contribue à environ 10 % du PIB de la communauté, à 25 % des exportations régionales, à environ 7 % des emplois directs et à 20 % des recettes publiques nationales, elle a souvent exacerbé les inégalités et la pauvreté. Cela est dû en grande partie aux mécanismes limités de promotion de la participation publique tout au long de la chaîne de valeur des industries extractives, de la négociation des contrats/licences, à la participation libre et préalable des communautés, ce qui entraîne des conflits et des expulsions, la corruption et la mainmise de l’État, une fiscalité injuste, des flux financiers illicites et de la contrebande… Cependant, tous les efforts apportés pour changer cette situation ne peuvent être assumés par les pays de la région seuls : afin de résorber ces inégalités, un changement de paradigme économique devrait être assuré au niveau mondial et au cœur d’institutions telles que le Fonds Monétaire International (FMI).

Plus de développement, moins d’austérité

La dette, un levier majeur

Pour certains des pays les plus touchés, l’ampleur de l’austérité est décourageante. Par exemple, les réductions prévues par le gouvernement zambien en 2022-26 équivalent à cinq fois son budget annuel de santé ; au Malawi, au Mozambique et aux Seychelles, elles représentent le double de leur budget de santé. Il est presque certain qu’une réduction des budgets publics de cette ampleur ne permettra pas d’inverser l’augmentation des inégalités due à la pandémie, et empêchera les fortes augmentations des dépenses sociales nécessaires pour atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD) d’ici 2030.

Le danger de l’austérité est aggravé par un autre effet de la pandémie : l’augmentation rapide de la dette. Les gouvernements ont dû limiter les dépenses sociales en raison de l’augmentation de la dette. Même avant la pandémie, cette dernière atteignait des niveaux astronomiques dans la plupart des pays de la Communauté de Développement d’Afrique Australe, puisque les gouvernements de la région dépensent en moyenne près de trois fois plus pour le service de la dette intérieure et extérieure que pour la santé. En 2020-21, les dépenses liées à la dette ont absorbé en moyenne 42,2 % des recettes publiques dans la région. Les initiatives de suspension de la dette initiées par les pays du G20 en 2020-21 se sont avérées terriblement inadéquates : la combinaison des coupes budgétaires, de l’augmentation de la dette et d’une reprise lente due à l’iniquité vaccinale mondiale risque de porter la crise des inégalités de la communauté à de nouveaux sommets. Cependant, de nombreuses solutions existent pour empêcher ce scenario : l’augmentation des recettes fiscales constitue un énorme potentiel pour financer les programmes gouvernementaux de réduction des inégalités. Si ces gouvernements augmentaient leurs recettes fiscales de seulement 1 % du PIB au cours des cinq prochaines années (2022-26), ils récolteraient 44,3 milliards de dollars supplémentaires, soit une moyenne de 8,9 milliards de dollars par an. Ce montant serait suffisant pour offrir une éducation de qualité à près de 15 millions d’élèves du primaire chaque année.

Remédier concrètement aux inégalités

Malgré les difficultés majeures induites par la pandémie de COVID-19, si un tournant est pris par la Communauté de développement d’Afrique Australe, ses pays membres peuvent encore atteindre les ODD à l’horizon 2030. Cependant, cela demanderait des choix déterminants en matière de fiscalité, de rapport à la dette ainsi qu’à la politique d’austérité imposée par certaines institutions internationales. Plusieurs mesures concrètes peuvent permettre à cet objectif, à l’échelle mondiale, de la communauté, et de chaque Etat. Il existe 2 mesures urgentes qui peuvent être prises afin d’enclencher ce changement :

  • l’accélération de la distribution de vaccins gratuits COVID-19 à tous les pays de la communauté, afin de garantir des niveaux élevés de couverture vaccinale d’ici le milieu de l’année 2022
  • l’inversion immédiate de l’austérité budgétaire prévue, en mettant particulièrement l’accent sur l’augmentation des dépenses pour la santé, l’éducation et la protection sociale. Ces efforts accrus en matière de dépenses devraient par exemple être financés par : l’augmentation des taux et de la collecte des impôts progressifs sur le revenu et le patrimoine dans chaque pays, la hausse des flux d’aide à la région visant à renforcer les dépenses sociales contre les inégalités. Sur la base de la mobilisation de ce financement, le FMI et la Banque mondiale devraient élaborer leurs programmes et leurs conseils aux pays autour de l’augmentation des dépenses sociales, de la fiscalité progressive, de l’allègement de la dette et du financement de l’aide, afin de fournir une marge de manœuvre budgétaire aux pays pour inverser les fortes augmentations des inégalités et de la pauvreté, causées par la pandémie afin de progresser plus rapidement vers la réalisation des ODD.
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Auteur :

Oxfam

Date de parution : 

Mai 2022

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