Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à France Info le 5 mai 2022, sur les conséquences en matière énergétique du conflit en Ukraine, la politique de l’environnement et les élections législatives.

mai 5, 2022

LORRAIN SENECHAL
Bonjour Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
La Commission européenne veut interdire d’ici la fin de l’année, tout pétrole russe brut et raffiné, transporté par mer et par oléoduc. Je lis le projet d’accord de la Commission européenne, qui doit maintenant être validé par les Etats d’ici lundi, le 9 mai. Est-ce que vous êtes consciente, d’abord, est-ce que cet accord, il sera entériné par les Etats ?

BARBARA POMPILI
Oui, je suis confiante, parce qu’il est normal que là il y ait des discussions, parce que certains pays sont plus dépendants du pétrole russe que d’autres, et donc il faut essayer de trouver des solutions pour qu’ils puissent embarquer à bord de ces sanctions, c’est l’objet de ce qui se passe en ce moment à Bruxelles, mais je pense que l’on devrait y arriver, d’ici peut-être la fin de la semaine, en tout cas, le plus tôt possible.

NEÏLA LATROUS
Les pays que vous citez, c’est la Hongrie, la Slovaquie, la Bulgarie, la République Tchèque, qui demandent des exemptions, en disant : eh bien nous, pour l’instant, dans cet accord, notre sécurité énergétique n’est pas garantie. Quelles garanties l’Europe peut leur apporter ?

BARBARA POMPILI
C’est tout le travail de fond qu’on est en train de faire et que l’on est en train d’accélérer avec la présidence de l’Union européenne, sur ce que l’on appelle le paquet  » Fit for 55 « , qui est en fait le fameux paquet de règlements, de lois, pour baisser nos émissions de gaz à effet de serre, en augmentant les renouvelables, en faisant des réglementations sur l’économie circulaire, en travaillant aussi bien sûr sur l’efficacité énergétique, sur la sobriété…

NEÏLA LATROUS
Mais ça c’est pour dans longtemps, eux ils disent « là, tout de suite ».

BARBARA POMPILI
Ah non non non…

LORRAIN SENECHAL
Pour l’embargo russe, c’est demain, s’il n’y a plus de pétrole russe dans leurs pipelines ou dans leurs…

BARBARA POMPILI
Ces réglementations, elles doivent être prises le plus vite possible, parce que ce que nous rappelle, ce qui se passe en Russie et en Ukraine aujourd’hui, c’est que nous ne pouvons plus être dépendants comme ça de pays tiers. Nous avons besoin de mettre en oeuvre notre indépendance énergétique, et ça, ça passe par toutes les mesures dont je viens de vous parler. Alors après, dans l’urgence, il y a des mesures de solidarité à mettre en place, c’est ce qu’on fait sur le pétrole, c’est-ce qu’on fait sur le gaz, à travers…

NEÏLA LATROUS
… des transferts éventuellement d’essence, dire la France achètera davantage et enverra vers la Hongrie, ou chaque pays devra aller chercher tout seul les litres qui lui manquent ?

BARBARA POMPILI
L’idée, c’est de travailler ensemble et d’avoir effectivement des flux qui partent d’un pays vers l’autre, pour s’entraider. C’est ce qu’on fait aussi sur le gaz par exemple. Sur le gaz on a mis en place et on s’est vu lundi pour en rediscuter, des réglementations, d’abord pour que tout le monde fasse des stockages de gaz, pour qu’on soit prêt si jamais il y a une rupture d’approvisionnement en gaz, et ça c’était quelque chose que faisait la France, mais que ne faisaient pas les autres pays. Là on a une réglementation qui va être mise en place et qui fait que tout le monde va le faire. Et puis aussi une plateforme d’achats communs pour que justement les plus petits pays ne soient pas désavantagés par rapport à ceux qui ont le plus de moyens pour pouvoir faire des commandes sur du gaz ou autres.

LORRAIN SENECHAL
Alors, il y a un point peut-être sur lequel vous pouvez nous aider à y voir plus clair. Dans les dernières semaines, certains gros poids lourds du secteur ont annoncé volontairement qu’ils arrêtaient d’acheter du pétrole russe, par exemple le français TOTAL. Est-ce que ça veut dire que cet embargo il est déjà en quelque sorte acté par les gros acteurs du secteur ? Qu’est-ce qu’il va changer finalement cet embargo ?

BARBARA POMPILI
Alors, on a certains acteurs effectivement comme TOTAL, qui ont pris les devants et qui ont pris ces décisions. Je pense que c’est important aussi, parce que ça montre que ce n’est pas juste une volonté politique, que tous les acteurs, y compris privés, se rendent compte que le fait de continuer à aller acheter des hydrocarbures en Russie peut poser problème pour leurs autres clients ou pour leur image aussi. Et donc c’est un mouvement général, mais nous n’avons pas aujourd’hui tout le monde qui joue ce jeu-là. Donc on a besoin d’avoir une…

NEÏLA LATROUS
L’embargo, c’est pour les récalcitrants en quelque sorte.

BARBARA POMPILI
L’embargo c’est pour tout le monde. L’embargo c’est pour montrer à la Russie, que l’Europe, à partir de la fin de cette année, se passera complètement de son pétrole. Je rappelle que les 2 tiers des importations de Russie, des exportations de Russie, sont des exportations vers l’Union européenne. Donc c’est lourd pour la Russie ce qui est en train de se passer.

LORRAIN SENECHAL
Les 2 tiers, pardon, là vous dites  » à la fin de cette année « , ça veut dire dans 7 mois seulement. Donc ce n’est pas un embargo qui se fait du jour au lendemain.

BARBARA POMPILI
Ça se fait progressivement, mais justement pour les raisons qu’on vous a dites. Si on a des répercussions trop lourdes sur les économies de l’Union européenne, des différents pays de l’Union européenne, on n’aura plus la force non plus pour pouvoir faire face à la Russie et pour pouvoir aider l’Ukraine. Donc on a, on doit trouver cette côte, cet équilibre qui permet aussi à tous les pays européens de suivre. Donc on va aller plus vite sur le pétrole brut. Par contre sur le pétrole raffiné, sur le diesel, on va mettre un tout petit peu plus de temps, mais d’ici la fin de l’année c’est terminé.

LORRAIN SENECHAL
La France importe 20% de son diesel en Russie, c’est bien ça, l’ordre de grandeur ?

BARBARA POMPILI
Importe, oui, à peu près, à peu près. En fait on est plus dépendant du diesel, parce qu’en fait le diesel c’est du pétrole qui est raffiné, donc qui nécessite de passer par des raffineries, et c’est plus compliqué de réorienter les flux, que sur du pétrole brut, où là on a d’autres fournisseurs.

LORRAIN SENECHAL
C’est pour ça en tout cas que le diesel augmente plus vite que le sans plomb. Ça veut dire que cette hausse des prix pour le diesel, elle va se poursuivre, c’est ce que vous nous dites.

BARBARA POMPILI
Alors, je vous dis que ce que nous faisons, nous en France, pour protéger les consommateurs, depuis déjà plusieurs mois, que ce soit le bouclier inflation, que ce soit la remise de 15 centimes sur le prix de l’essence, sont des mesures qui font que notre inflation en France est beaucoup moins importante que dans le reste de l’Union européenne. Je rappelle qu’aujourd’hui on est sur un taux d’inflation qui est à peu près de 4,8% en France, et qui est de 7,5% sur la moyenne de l’Union européenne. C’est le taux d’inflation le plus bas avec Malte.

NEÏLA LATROUS
Mais ça augmente encore. Mais ça augmente quand même.

BARBARA POMPILI
Mais ça augmente, mais ça veut dire aussi qu’on est, qu’on protège plus nos concitoyens, et qu’évidemment on va continuer à les protéger. Après, dire que ce sera absolument sans conséquence, je ne peux pas dire ça.

LORRAIN SENECHAL
Vous dites « ça augmente », les mesures elles sont jusqu’au 31 juillet, après elles ne sont pas prolongées a priori, en tout cas pas de cette forme, donc ça augmente et on ne va pas prolonger les mesures pour tout le monde.

BARBARA POMPILI
Alors, évidemment, si on a mis une date qui est au 31 juillet, si on voit qu’on a besoin, pour plein de raisons, de prolonger, on prolongera, mais de toute façon on ne laissera pas nos concitoyens sans solution. L’idée c’est de faire se substituer à cette mesure sur les 15 centimes, une mesure qui serait plus ciblée et qui toucherait plus ceux qui en ont le plus besoin, et notamment par exemple les gros rouleurs. Mais tout cela…

NEÏLA LATROUS
Ça c’est le dispositif qui peut prendre le relais au 31 juillet, un dispositif ciblé.

BARBARA POMPILI
Voilà. L’idée, parce que là le dispositif des 15 centimes ça touche tout le monde, y compris ceux qui n’en ont pas besoin, mais l’idée c’était de faire tout de suite ce dispositif qui était facile à mettre en place, pour parer au plus pressé. Mais évidemment ensuite il va falloir disait qui soient plus ciblées, qui touchent vraiment ceux qui en ont vraiment besoin.

NEÏLA LATROUS
C’est ce sur quoi vous travaillez en ce moment ?

BARBARA POMPILI
On est en train d’y travailler en ce moment, et l’idée c’est d’y arriver cet été. Après, on est, encore une fois…

LORRAIN SENECHAL
Mais vous pensez…

BARBARA POMPILI
Encore une fois, on ne laissera personne, si jamais on doit prendre un peu plus de temps, on laissera des 15 centimes.

LORRAIN SENECHAL
Vous ne pensez pas aux millions de Français qui seront sur les routes, en plein milieu des vacances d’été, ce ne sont pas eux qui en auront besoin de cette mesure de protection ?

BARBARA POMPILI
Comme je vous l’ai dit, on ne se ferme aucune porte aujourd’hui, et le principe c’est que cet embargo sur le pétrole, qui forcément peut avoir des conséquences, ces conséquences seront atténuées, comme on le fait depuis des mois pour les Français.

NEÏLA LATROUS
Barbara POMPILI, d’un mot, l’Allemagne hier a expliqué qu’il pouvait y avoir aussi des ruptures d’approvisionnement, ou en tout cas les tensions en matière d’approvisionnement. Est-ce que vous dites : il n’y aura pas de pénurie d’essence ? C’est un scénario exclu ?

BARBARA POMPILI
Ce que je peux vous dire c’est qu’aujourd’hui nous n’avons aucun problème d’approvisionnement en France, et donc…

NEÏLA LATROUS
Il peut y en avoir, d’éventuels.

BARBARA POMPILI
Et donc, nous sommes en train de travailler justement à avoir d’autres fournisseurs, et nous avons des réserves, je vous rappelle que nous avons des réserves, des stocks sur le pétrole, donc je dis à nos concitoyens : pas la peine de se précipiter vers les stations essence, il y a ce qu’il faut…

LORRAIN SENECHAL
Il y a combien de temps d’avance dans les réserves en France ?

BARBARA POMPILI
Ah, ça dépend en fait…

LORRAIN SENECHAL
De la consommation.

BARBARA POMPILI
Eh bien oui, ça dépend de la consommation, mais en tout cas, on est tranquille pendant de nombreux mois.

LORRAIN SENECHAL
D’accord, de nombreux mois.

BARBARA POMPILI
On est tranquille pendant de nombreux mois, et après il peut y avoir, sur le diesel, quelques petites questions de reroutage de stockage, qui peuvent prendre un peu de temps, mais encore une fois aujourd’hui vous pouvez être tranquilles ; vous avez de l’essence, donc pas la peine d’aller vous précipiter à la pompe.

LORRAIN SENECHAL
Barbara POMPILI, ministre de la Transition écologique, invitée ce matin du 8 :30 France Info. Le fil info, 08h41, Margaux CAROFF.

Fil Info

NEÏLA LATROUS
Barbara POMPILI, depuis le 24 avril il semble que le Président peine à trouver ce nouveau Premier ministre idéal qu’il avait décrit comme une personne attachée à la question sociale, à la question environnementale et à la question productive, est-ce que vous connaissez, vous, du monde qui correspondent à ce profil ?

LORRAIN SENECHAL
Vous par exemple.

BARBARA POMPILI
Evidemment, il y a un certain nombre de personnes qui ont ce profil-là en France heureusement, après le Président prend le temps pour faire un choix qui sera le plus adapté à la politique qu’il veut mettre en place.

NEÏLA LATROUS
Ce n’est pas une question de casting difficile, c’est une question de choix du Président lui-même, ce n’est pas que ça ne se bouscule pas aujourd’hui pour entrer à Matignon ?

BARBARA POMPILI
Non, il y a deux étapes. La première étape c’est de mettre en place quelque part son mécano institutionnel, il a fait des grosses annonces, le Président, sur le rôle qu’aurait le nouveau Premier ministre, et notamment sur la transition écologique, et donc tout ça demande une organisation qui se mettra en place, et cette organisation il faut quelqu’un pour la gérer et là ce sera le choix du Premier ministre et ensuite de l’équipe qui va l’accompagner.

LORRAIN SENECHAL
Ce n’est pas votre profil tout simplement, une femme de gauche qui serait en charge de la transition écologique ?

BARBARA POMPILI
Vous savez, moi ça fait 20 ans que je fais de l’écologie, ça fait 20 ans que je me bats sur un certain nombre de terrains, donc je continuerai à faire de l’écologie, quelle que soit la place où je serai je continuerai à faire de l’écologie, et je pense que, heureusement dans ce pays, il y a plusieurs endroits où on peut faire de l’écologie et où on peut être utile, donc moi je serai utile là où le Président veut que j’aille.

NEÏLA LATROUS
Le Président qui a reçu hier des scientifiques, des climatologues, des représentants de think tanks et d’associations qui ont notamment contribué à la rédaction du dernier rapport du GIEC,  » il nous a beaucoup écoutés « , c’est ce que nous disait ce matin Jean-Marc JANCOVICI qui était invité sur France Info, président du groupe de réflexion The Shift Project, ça veut dire qu’Emmanuel MACRON cherche encore des idées pour les 5 ans à venir, il n’a pas encore les idées claires sur ce que serait ce quinquennat de l’écologie ?

BARBARA POMPILI
Je crois qu’il a les idées très claires sur ce qu’il veut faire, mais je pense que c’est excessivement important qu’il écoute les scientifiques pour qu’il puisse affiner la manière dont il veut mettre en oeuvre, parce qu’on n’est plus aujourd’hui dans les grands constats, les grands constats on les connaît, on sait que la Terre se réchauffe, on sait qu’il faut baisser nos émissions de gaz à effet de serre, donc baisser notre dépendance aux hydrocarbures, c’est d’ailleurs ce qu’on fait aussi en Europe, il faut changer un certain nombre de fonctionnements, industriels, etc., aussi de mode de consommation, tout ça il le sait, après, la manière de le mettre en oeuvre, ça c’est plus complexe, et c’est tout l’enjeu de ce prochain quinquennat.

NEÏLA LATROUS
Mais pourtant ces associations elles se sont exprimées à plusieurs reprises durant le quinquennat, qu’est-ce qui a changé entre les cinq dernières années et hier, le moment où il les reçoit en disant  » qu’est-ce qu’on doit faire  » ?

BARBARA POMPILI
Mais, vous savez, ce n’est pas la première fois qu’il reçoit les associations, il les a déjà rencontrées…

LORRAIN SENECHAL
Justement.

BARBARA POMPILI
Là il est à l’aube de son nouveau quinquennat, c’est tout à fait normal qu’il rencontre les acteurs qui sont concernés par le sujet, d’ailleurs j’imagine qu’il en rencontrera d’autres, pour affiner le grain et pour justement, dans le moment où il va mettre en place une équipe, voir où il doit mettre un petit peu plus d’importance, où il doit…comment il doit s’organiser, je trouve que c’est une très très bonne initiative de sa part.

NEÏLA LATROUS
Ça pouvait aussi être un casting hier, chercher l’éventuel futur ministre chargé de la Planification, celui qu’il veut rattacher à Matignon, il peut y avoir dans les profils qui étaient invités hier à l’Elysée des gens qui auraient leur place dans un gouvernement pour engager cette transition écologique ou pour accélérer cette transition écologique ?

BARBARA POMPILI
Il y avait des profils de grande qualité hier, qui étaient invités, assez divers d’ailleurs, après la question c’est, est-ce qu’un scientifique doit faire de la politique ou est-ce qu’un scientifique doit rester là pour conseiller, pour alerter, pour évaluer, comme ils le font d’ailleurs, certains étaient membres du Haut Conseil pour le climat qui joue un gros rôle d’évaluation des politiques publiques, ça c’est au Président de voir.

LORRAIN SENECHAL
Avant-hier il y a eu un vote au Parlement européen qui a repoussé une mesure qui consistait à interdire la pêche industrielle, la pêche au chalut, dans 10% des eaux européennes, toutes les zones protégées, finalement c’est seulement 1% des eaux européennes qui seraient exclues, dans lesquelles ne pourraient pas pêcher les chaluts, qu’est-ce qui s’est passé Barbara POMPILI, c’est d’ailleurs un amendement issu de votre groupe, Renaissance, qui a entraîné ce changement ?

BARBARA POMPILI
Oui, alors on parle de quelque chose qui s’est passé au Parlement sur ce qu’on appelle un rapport d’initiative, c’est-à-dire un document qui n’a aucune valeur juridique, c’est juste…

LORRAIN SENECHAL
Le message qui est envoyé c’est que les chaluts peuvent polluer dans plus d’eaux.

BARBARA POMPILI
Le message qui a été envoyé, pour moi ce n’est pas le message dont vous parlez, le message qui a été envoyé c’est que, encore une fois, quand il s’agit d’écologie, quand chacune des parties prenantes reste sur ses positions et ne fait rien pour obtenir des compromis, eh bien à la fin on n’obtient rien, voilà ce qui s’est passé sur ce sujet. Qu’est-ce que ça veut dire…

LORRAIN SENECHAL
Donc c’est une victoire pour vous.

BARBARA POMPILI
Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que là il y avait une vraie volonté d’arrêter le chalutage en eaux profondes dans des zones protégées.

LORRAIN SENECHAL
C’est-à-dire qu’on racle les fonds marins…

BARBARA POMPILI
Absolument.

LORRAIN SENECHAL
Avec des filets géants, et c’est comme ça qu’on fait des dégâts considérables.

BARBARA POMPILI
Absolument, or cette pratique est déjà interdite dans les zones dites très protégées, et donc l’amendement qui a été fait rappelle simplement que c’est interdit dans les zones très protégées et ne va pas plus loin.

LORRAIN SENECHAL
Pourquoi vous n’êtes pas allés plus loin, et pourquoi c’est un amendement du groupe Renaissance qui vient amoindrir la portée du projet ?

BARBARA POMPILI
Alors, c’est un amendement parlementaire, moi si j’avais été parlementaire Renaissance j’aurais voté contre cet amendement, ce qui a été d’ailleurs le cas d’un certain nombre de membres du groupe Renaissance comme Pascal CANFIN ou Catherine CHABAUD par exemple, donc j’aurais voté contre parce que je pense qu’il faut absolument interdire ce chalutage, mais par contre, ce qu’il fallait faire, et c’est ce que voulaient faire un certain nombre de membres du groupe Renaissance, mais manifestement ils n’arrivaient pas à avoir une majorité, c’était arriver à un compromis pour arriver à cet objectif, si chacun reste sur ses positions, c’est le problème qu’on rencontre avec l’écologie, à la fin on n’a rien, c’est ce qui se passe là. Si tout le monde s’était mis autour de la table en disant « écoutez, à terme il faut y arriver, il faut peut-être donner un chemin, commencer par les zones où c’est le plus urgent de le faire, mettre en place en parallèle des aides pour les pêcheurs qui seraient impactés, des aides aussi pour qu’ils puissent continuer à se moderniser, etc. », eh bien là on aurait peut-être pu réussir à autre chose, mais on avait des interlocuteurs qui avaient décidé de rester chacun de son côté sans se parler, voilà le résultat, je trouve que c’est désolant, mais c’est un exemple de comment ça se passe sur l’écologie et qu’il ne faut plus continuer comme ça, ça ne marche pas. Les gens qui sont purs, d’un côté comme de l’autre, c’est des gens qui n’aboutissent à rien.

NEÏLA LATROUS
Vous dites désolant ce matin, c’est désolant de ne pas parvenir à un compromis là-dessus ? Les ONG sont vent debout, elles disent, en gros, il y avait ce meeting à Marseille, dans l’entre-deux-tours, où Emmanuel MACRON disait « le second quinquennat sera écologique ou ne sera pas », premier vote, c’est un vote qui au final ne fait pas avancer…

BARBARA POMPILI
Alors, je précise que ce n’est pas un vote du Gouvernement français, que moi en tant que ministre de la Transition écologique si j’avais été…

LORRAIN SENECHAL
Non, mais c’est le groupe qui est issu de la même famille politique.

BARBARA POMPILI
Si j’avais été membre de ce groupe Renaissance j’aurais voté contre cet amendement, et que plusieurs membres de ce groupe ont voté contre cet amendement…

NEÏLA LATROUS
Donc la France peut aller plus loin que l’Europe, la France peut donc décider, par exemple, elle, que dans ses eaux il n’y aura pas de chalutage dans ses eaux qui sont…

LORRAIN SENECHAL
Protégées…

BARBARA POMPILI
On est sur un domaine où on a besoin qu’il y ait une réglementation européenne. Pourquoi ? Parce que nous avons des pêcheurs qui vont dans des eaux qui sont des eaux territoriales d’autres pays, donc on ne peut pas faire des réponses comme ça.

LORRAIN SENECHAL
D’accord, c’est une réponse européenne que vous réclamez.

BARBARA POMPILI
Mais, encore une fois, je vous rappelle qu’en dehors de l’émoi politique, normal, c’est un texte qui n’a aucune conséquence réglementaire.

LORRAIN SENECHAL
Barbara POMPILI on va parler politique en France dans un instant, le Fil info d’abord.

Fil Info

LORRAIN SENECHAL
Barbara POMPILI, la ministre de la Transition écologique invitée de France Info ce matin. Un accord a été signé entre La France Insoumise et votre ancienne famille politique, Europe Ecologie-Les Verts. Est-ce que c’est un accord pour les législatives que vous auriez pu signer à l’époque ?

BARBARA POMPILI
Non. Non, je comprends totalement qu’il faille essayer de trouver des accords pour avoir des représentants au Parlement. C’est le fonctionnement de nos institutions. Mais on ne peut pas aller aussi loin dans le reniement de ce que nous sommes. Europe Ecologie-Les Verts s’est fondée sur la question de l’Union européenne. L’Europe, c’est la colonne vertébrale d’Europe Ecologie-Les Verts. Ils ont cassé leur colonne vertébrale, comment voulez-vous marcher quand votre colonne vertébrale est cassée ? Ça n’a aucun sens. Donc je pense que là, en voulant sauver les meubles, ils sont allés trop loin. Ils se sont reniés et en tant qu’écologiste, je me demande comment…

NEILA LATROUS
Mais c’est le principe de désobéissance qui vous dérange ?

BARBARA POMPILI
Mais notamment.

LORRAIN SENECHAL
Quand on entend Adrien QUATENNENS, coordinateur de La France Insoumise qui était à votre place hier, il s’agit juste de déroger à certaines règles comme le font déjà d’autres pays pour, en fait, négocier, modifier les traités.

BARBARA POMPILI
Non mais…

LORRAIN SENECHAL
Vous n’y croyez pas à ce discours.

BARBARA POMPILI
C’est n’importe quoi. D’abord déroger à certaines règles, ça veut dire quoi ? Il avait cité l’Espagne par exemple, je connais bien le sujet puisque je suis en lien très régulier avec mon homologue espagnol. Les Espagnols ont un problème spécifique du fait de la manière dont se fixent les prix de l’électricité chez eux. Ils ont une explosion des prix de l’électricité, fois dix par rapport à l’année dernière. Ils ont demandé à travailler avec l’Europe pour avoir une dérogation temporaire, ils l’ont eue avec le Portugal. Voilà. Là ce qu’ils disent, c’est en gros : on va faire une Europe à la carte. C’est-à-dire ce qui ne nous plaît pas dans les traités parce que ça ne correspond pas à ce qu’on veut, on se donne le droit de désobéir parce qu’il y a un intérêt supérieur. Mais s’ils font ça, d’autres pays qui, eux par exemple, sont embêtés avec des mesures environnementales qui sont des réglementations environnementales qui nous protègent, qui sont importantes en Europe, ils vont dire : non, finalement sur l’eau, sur les pesticides sur que sais-je, sur les énergies renouvelables, nous ça ne nous arrange pas donc nous on ne va pas le respecter.

LORRAIN SENECHAL
En l’occurrence, c’est justement pour essayer d’interdire les pesticides que veut déroger à certaines règles cette coalition de gauche. C’est l’inverse de ce que vous dites.

BARBARA POMPILI
L’Union européenne, c’est une union qui s’est construite dans le temps. C’est une union qui va là, grâce notamment à ce que nous sommes en train de faire sur le paquet climat, va permettre de donner de la force aux Etats membres pour lutter contre le changement climatique. Si on prend l’Europe, on la prend dans son ensemble. Si on commence à la prendre par petits bouts on donne le droit aux autres aussi de la prendre par petits bouts. Finalement Viktor ORBAN est la raison de prendre ces mesures qui sont des mesures que nous on considère complètement liberticides parce que ça peut coller avec ces circonstances locales. Enfin où va-t-on si on commence à faire ça ?

NEILA LATROUS
Justement ce n’est pas déjà ce qu’on fait ? Vous citez l’exemple de l’Espagne qui demande une dérogation sur la fixation du prix de l’électricité. On se souvient aussi d’Emmanuel MACRON qui, sur la règle des 3%, a dit : c’est un débat d’un autre temps, il faut en rediscuter. L’Allemagne sur la mise en concurrence des entreprises de l’eau potable. Ce n’est pas déjà ce qu’on fait, une Europe à la carte où chacun négocie des dérogations ? Encore sur l’embargo par exemple sur le pétrole russe, on en parlait il y a quelques instants, où chacun négocie ce qui l’arrange finalement.

BARBARA POMPILI
Mais attendez, il y a une grande différence entre négocier des dérogations sur certains sujets et puis dire : je ne vais pas respecter une réglementation européenne. Ça n’a rien à voir.

LORRAIN SENECHAL
Il faut d’abord obtenir la dérogation.

BARBARA POMPILI
Mais en fait le principe de base, c’est que nous avons des règles européennes et nous sommes tenus de les respecter. Après quand il y a des règles qui ne sont pas bonnes ou qu’il faut évoluer, c’est comme en France : les lois, on peut les changer mais on le fait de manière démocratique. On le fait en travaillant avec nos partenaires, on ne fait pas ça dans son coin en faisant une désobéissance pour ce qui nous intéresse, encore une fois. Moi je suis hallucinée, parce que j’entendais Yannick JADOT…

NEILA LATROUS
Chez nos collègues de France Inter.

BARBARA POMPILI
Oui. Qui disait : je ne veux pas d’Europe à la carte, et là ils viennent de signer ça. Ils viennent de signer une Europe à la carte. Encore une fois une Europe à la carte, ce n’est pas l’Europe. C’est chacun qui trouve ses petits intérêts et qui ne tient pas compte de la solidarité. C’est très dangereux.

LORRAIN SENECHAL
Barbara POMPILI, pardon, mais aujourd’hui c’est une information Franceinfo : 200 à 250 candidats aux législatives de la majorité vont être dévoilés, les noms. Est-ce que vous, vous serez candidate à votre réélection dans la Somme ?

BARBARA POMPILI
C’est toujours en discussion et c’est toujours en réflexion. Moi pour l’instant, je termine le travail que j’ai à faire en tant que ministre de la Transition écologique. On en a discuté jusqu’à maintenant, ça m’occupe beaucoup. Nous avons les sujets qui continuent pendant cette période un petit peu compliquée, et notamment les sujets qui sont liés à notre approvisionnement en énergie, au fait que nous devons protéger les Françaises et les Français.

LORRAIN SENECHAL
Vous n’êtes pas sûre de vouloir être candidate à votre réélection. C’est vous qui réfléchissez.

BARBARA POMPILI
Je réfléchis et je prendrai ma décision en temps venu. La décision n’est pas encore prise pour l’instant.

NEILA LATROUS
Je vous reprends sur le terme  » désobéissance « . Pardon, j’ai l’idée fixe qui me qui me reste en tête. Parce que les Verts, si j’ai bien lu sur ce terme de désobéissance, disent : c’est une pratique politique qui s’inscrit dans notre histoire. La désobéissance sur les OGM, en s’introduisant par le passé sur des sites nucléaires. Est-ce que ce n’est pas le moyen d’action le plus efficace des écologistes ?

BARBARA POMPILI
Non, je ne crois pas. Mais c’est aussi pour ça que je suis partie de chez les Verts depuis 5 ans ou 6 ans maintenant. C’est que pour moi, faire avancer la transition écologique c’est être au coeur des institutions et faire bouger les institutions. Là aujourd’hui si on met en place des zones à faible émission, si les voitures électriques explosent dans notre pays, si on a développé le plan vélo, si on rénove des bâtiments et pour aider nos concitoyens à se passer de gaz, pour avoir aussi un peu de pouvoir d’achat, tout ça, ce sont des mesures qui se prennent quand on est au sein des institutions et pas quand on fait de la désobéissance civile. La désobéissance civile peut avoir un sens en termes d’alerte mais ce n’est pas une politique publique au service de nos concitoyens.

LORRAIN SENECHAL
Barbara POMPILI, ministre de la Transition écologique, avant de se quitter il faut juste qu’on revienne sur cette image au soir du second tour. On vous a vue danser devant les caméras de télévision avec votre collègue du gouvernement Joël GIRAUD après la victoire d’Emmanuel MACRON. C’était quelque chose d’irrépressible ? C’est quelque chose qui vous a aussi été reproché par vos concurrents.

BARBARA POMPILI
Oui, mais bon… Enfin, d’abord 1/ quand on connaît Joël GIRAUD, on ne peut pas refuser une danse à Joël GIRAUD. Ça, c’est la première chose.

NEILA LATROUS
Qui est à la Cohésion des territoires.

BARBARA POMPILI
Oui.

LORRAIN SENECHAL
Et qui est célèbre pour sa minute rurale un peu caustique.

BARBARA POMPILI
Qui est quelqu’un de très drôle et qui fait du bien. On était dans un moment où on était soulagé parce qu’il y avait eu un danger que notre pays bascule à l’extrême-droite. On a eu ce moment de soulagement, on était content, on a esquissé deux pas de danse. Je pense que ceux qui commencent à ne pas être heureux de voir des gens sourire et de voir des gens danser, mais franchement on est dans quel pays ? Moi je suis heureuse d’être dans mon pays, je suis heureuse d’être française et je suis heureuse qu’on puisse avoir des moments aussi où on danse. Il y a suffisamment de moments où on est préoccupé pour avoir aussi le droit à des petits moments de détente.

LORRAIN SENECHAL
Une pointe d’optimisme donc pour clore cet entretien. Merci beaucoup Barbara POMPILI d’avoir été ce matin l’invitée de France Info.

BARBARA POMPILI
Merci.

Source : Service d’information du Gouvernement, le 6 mai 2022

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