Chili, États-Unis, France… Voici l’ère des méga-sécheresses

avril 30, 2022
mega secheresse chili MARTIN BERNETTI AFP Chili, États-Unis, France... Voici l'ère des méga-sécheresses

Publié le 30 avril 2022

Alors que l’Amérique du Nord subit une sécheresse sans précédent, le pire épisode enregistré depuis 1200 ans, au sud du continent, le Chili se prépare à un rationnement d’eau. Le centre du pays subit un déficit de pluviométrie record. En France, le pire est à craindre alors que plusieurs régions subissent elles aussi des sécheresses historiques. Pour l’hydrologue Emma Haziza, « si nous ne changeons pas de cap, nous allons droit dans le mur ». 

L’heure est au rationnement à Santiago du Chili. Depuis plus d’une décennie maintenant, le centre du pays est frappé par une sécheresse terrible. Avec un déficit pluviométrique de 71 % en 2021, l’hiver austral est le plus sec du XXIe siècle dans cette région, estime la direction météorologique du pays. Sans précipitations suffisantes, les principaux réservoirs, lacs et rivières qui alimentent les 7,1 millions d’habitants de Santiago sont à des niveaux critiques et les autorités se préparent à l’ultime recours : le rationnement. 

« On ne peut pas faire tomber la pluie. Cela ne dépend pas de nous, mais nous pouvons nous préparer à une situation extrême. On a connu douze années de sécheresse, il y a donc de réelles probabilités de devoir faire face » à un rationnement de distribution de l’eau, a déclaré le 11 avril le gouverneur de Santiago, Claudio Orrego. L’anticipation est de mise car la situation ne devrait pas s’améliorer. Les prévisions sont tout aussi alarmantes pour le nouvel hiver qui approche avec de faibles pluies prévues autour de la capitale. 

« Déforestation, urbanisations massives, agriculture intensive »

Le Chili n’est pas le seul pays touché par ce que les spécialistes appellent une « méga-sécheresse ». Une étude publiée fin février dans la revue Nature Climate Change a ainsi révélé que depuis 20 ans, l’Amérique du Nord subit elle aussi une méga-sécheresse sans précédent. Selon les chercheurs, cet épisode est le pire enregistré en 1200 ans. « Après une sévérité exceptionnelle de la sécheresse en 2021, dont environ 19 % sont attribuables au changement climatique provoqué par l’Homme, la période 2000-2021 a été la plus sèche depuis au moins l’an 800 », soulignent les auteurs de l’étude. 

« Clairement, la sécheresse, comme les inondations torrentielles, sont les premiers marqueurs territoriaux concrets du changement climatique », explique à Novethic l’hydrologue Emma Haziza. « Mais la situation actuelle n’est pas uniquement due au changement climatique, il ne fait que mettre en exergue la mauvaise gestion de nos territoires. Déforestation, agriculture intensive, urbanisation massive sont les grands responsables d’une perte de biodiversité, d’un manque de matière organique dans les sols et du fait que nos terres ne retiennent plus notre eau. Et lorsqu’il en reste dans des nappes fossiles où l’eau s’est infiltrée il y a des milliers d’années, ces eaux sont massivement collectées au-delà de la capacité de recharge naturelle des nappes », explique l’experte.

Repenser notre modèle agricole

En France justement, un village dans le Sud-Ardèche, creuse une nappe phréatique artificielle pour pallier le manque d’eau potable et les restrictions à venir. Plusieurs régions de France sont touchées par la sécheresse. Dans le Vaucluse par exemple, le déficit pluviométrique est de 70 % depuis le début de l’année, « un des plus importants observés depuis 1888″, note la préfecture qui a émis une alerte sécheresse. Le ministère de la Transition écologique a annoncé le 29 avril augmenter le plafond des dépenses des agences de l’eau de 100 millions d’euros, pour financer des actions supplémentaires de préservation de la ressource en eau. Aide à l’adaptation des agriculteurs, actions dans les territoires (économie d’eau, optimisation des retenues, etc.), lutte contre les fuites dans les réseaux, travail sur les milieux naturels pour améliorer l’infiltration d’eau… le ministère cite plusieurs mesures sur lesquelles avancer.

Les spécialistes n’utilisent pas le terme de « méga-sécheresse » pour l’Hexagone, où le climat est tempéré. Mais Emma Haziza évoque des sécheresses « que l’on peut qualifier d’historiques ». Pour l’hydrologue, il faut repenser notre modèle agricole pour retrouver des sols sains capables de laisser l’eau s’infiltrer. « Si nous ne changeons pas de cap, nous allons droit dans le mur », prévient-elle.

D’autant que les vagues de chaleur successives renforcent cette situation. Selon Copernicus, le service européen sur le changement climatique, l’Europe a vécu en 2021 l’été le plus chaud de son histoire, marqué par des canicules de plusieurs semaines et particulièrement intenses. 48,8°C en Sicile, 47°C en Espagne… des températures qui explosent les records précédents. Or ces vagues de chaleur s’accompagnent d’une sécheresse persistante notamment en Méditerranée, créant des conditions propices aux incendies, en particulier en Italie, Grèce ou Turquie. 800 000 hectares sont ainsi partis en fumée en juillet et août 2021, faisant de cette saison l’une des plus intenses en termes d’incendies en Europe depuis 30 ans. 

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