Rapport du Giec : Non, il ne nous reste pas trois ans avant la fin du monde

avril 12, 2022

Publié le 12 avril 2022

Trois ans pour agir : le slogan a été repris partout lors de la publication du dernier rapport du Giec, portant cette fois sur les solutions au changement climatique. Si les experts appellent en effet à une action immédiate pour assurer « un avenir vivable », il n’est pas question pour autant de se dire que tout sera fini dans trois ans et que plus rien ne pourra être entrepris. Au contraire, au point où nous en sommes, chaque dixième de degré compte. Plus on agira vite, mieux ce sera, mais chaque action compte. 

Trois ans pour agir. L’alerte du Giec a fait le tour de la planète, ou du moins des réseaux sociaux. Mais le message, ainsi résumé, peut s’avérer contre-productif. Le troisième et dernier volet du sixième rapport d’évaluation du climat, publié le 4 avril dernier, estime en fait que pour rester sous un réchauffement global de 1,5°C, il faudrait que les émissions de gaz à effet de serre mondiales atteignent un pic au plus tard d’ici 2025, dans trois ans donc. Elles doivent ensuite diminuer de 45 % d’ici 2030 par rapport à 2019. Cela signifie qu’il faut effectivement une action immédiate et des politiques ambitieuses au plus vite pour parvenir à ce pic dans trois ans. Mais tout ne s’arrêtera pas soudainement en 2025.

« Il n’y a pas un seuil au-delà duquel c’est fini. Si on loupe 1,5°C, il faudra viser 1,51°C, et ainsi de suite car il n’est jamais trop tard pour agir. En revanche, plus on agit vite, plus on évite des conséquences dramatiques« , explique Céline Guivarch, l’une des co-auteurices du rapport. « Chaque tonne de CO₂ compte, chaque incrément de degré compte. Cette formulation en compte à rebours est maladroite. Nous n’avons pas besoin d’échéances temporelles avec un précipice pour justifier l’urgence climatique et donner l’illusion qu’a +1,4°C tout va bien mais qu’à 1,6°C, c’est la fin du monde » a également réagi sur Twitter le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS et co-auteur du 6e rapport du Giec.

Vers +3,2°C de réchauffement

Selon le Giec, sans un renforcement des politiques actuelles, le monde se dirige vers un réchauffement de +3,2 °C d’ici la fin du siècle avec des conséquences dramatiques. « Nous sommes à un tournant. Nos décisions aujourd’hui peuvent assurer un avenir vivable« , a ainsi insisté le patron du Giec, Hoesung Lee. D’autant que les solutions sont « toutes disponibles » pour transformer en profondeur l’ensemble des secteurs et que « le volume de capitaux et de liquidités disponibles à l’échelle planétaire est suffisant pour atteindre le montant à investir », précise le rapport.

Or, quelques jours après sa publication, l’alerte du Giec ne semble pas encore avoir eu d’effet. Alors que la majorité des parlementaires européens ont appelé à un embargo sur tous les hydrocarbures russes, les 27 ont décidé de le limiter au seul charbon, avec un impact forcément très réduit. De son côté, le gouvernement canadien a donné son feu vert à la construction d’un grand projet pétrolier controversé dans l’océan Atlantique, qui verrait le jour en 2028. Or le Giec est formel : il faut cesser dès maintenant tout nouveau projet fossile.

« Pour le dire simplement, ils mentent » 

« Cela me brise le cœur, en tant que militante climat ukrainienne, de vivre une guerre qui porte en son cœur l’argent des fossiles », a commenté Olha Boiko, membre du Climate Action Network Ukraine après la publication du dernier volet du rapport d’évaluation du Giec. « L’argent que nous avons supplié de ne pas investir dans l’énergie sale vole désormais au-dessus de nos têtes sous forme de bombes. »

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui réagit toujours très vivement aux publications du Giec, n’a pas hésité à aller un cran plus loin cette fois. « Certains gouvernements et responsables d’entreprises disent une chose et en font une autre. Pour le dire simplement, ils mentent. Les climatologues avertissent que nous sommes déjà dangereusement proches de points de basculement qui pourraient entraîner des impacts climatiques en cascade et irréversibles. Mais les gouvernements et les entreprises fortement émetteurs ne se contentent pas de fermer les yeux, ils ajoutent de l’huile sur les flammes ».

Concepcion Alvarez @conce1

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