5 ans de crise sociale, environnementale et sanitaire n’ont pas modifié le duel du second tour Macron/Le Pen

avril 11, 2022

Publié le 11 avril 2022

La campagne des Présidentielles n’a jamais vraiment démarré et le résultat du premier tour est celui que les sondages et les sirènes médiatiques avaient annoncé. Cinq ans après 2017, Emmanuel Macron retrouve Marine Le Pen. La personnalisation extrême d’une course électorale où les projets n’ont jamais vraiment existé donne une image de la France avec une extrême droite à plus de 30 % et une écologie en dessous de 5 %. Cela résume-t-il la vision d’avenir des électeurs ? Ils le diront sans doute aux législatives de juin.

De quoi le résultat du premier tour des Présidentielles est-il le symptôme ? Sans doute de la très grande difficulté des candidats et de leurs programmes à relier leurs projets aux crises violentes qu’a traversé la France entre 2017 et 2022. Après la crise des gilets jaunes en 2019, celle du Covid en 2020 et 2021, et les crises climatiques, des inondations de la vallée de la Roya aux difficultés de l’agriculture française, sans oublier le creusement des inégalités sociales avec la crise sanitaire, on aurait pu imaginer un autre scenario que celui du second tour de 2017.

La percée de Jean-Luc Mélenchon, arrivé en tête dans des villes comme Nantes ou Lille, témoigne malgré tout de la volonté d’une partie des électeurs de venir bousculer ce tête-à-tête avec un projet alternatif placé sous le double signe social et environnemental qui a rassemblé très au-delà de ses habituels partisans. Un quart des cadres supérieurs auraient voté pour lui.

Le rapport du Giec peu évoqué

Les deux candidats ne sont pas tout à fait les mêmes, puisqu’Emmanuel Macron a été président pendant cinq ans et que Marine Le Pen a affronté un candidat à sa droite extrême, Éric Zemmour. Si on additionne leurs deux résultats, l’extrême droite dépasse les 30 %, un score annoncé par une campagne télévisée où les chaînes d’opinion ont donné le la.

La guerre en Ukraine qui a sidéré les Européens en leur rappelant que la menace russe de chaos anti-démocratique était à leurs portes, n’a apparemment pas découragé les électeurs de Marine Le Pen qui ne soutient pas les sanctions contre la Russie, ce que rappelle la Femen Inna Shevchenko.

Les rapports du Giec semblent eux aussi avoir peu pesé sur le résultat du premier tour des Présidentielles. Tout comme le changement climatique, ils n’ont eu qu’une portion congrue du temps d’antenne.

Dans son discours du soir du premier tour, Emmanuel Macron, a adopté un ton rassembleur et évoqué l’écologie parmi les thèmes qu’il veut porter. Il la résume ainsi : « le nucléaire, les énergies renouvelables et le remplacement de tout le parc automobile par des voitures électriques ». Marine Le Pen brandit, elle, deux étendards sur l’environnement, « le localisme et le patriotisme ».

La concentration de CO2 toujours en augmentation

Que l’élection française ait fait si peu de cas du changement climatique et de l’action nécessaire pour y adapter le pays est préoccupant. Comme le souligne Paul Neau, de l’association négaWatt, la concentration de CO2 dans l’atmosphère ne cesse d’augmenter élections présidentielles après élections présidentielles. En 2017, elle avait dépassé les 400 ppm. En 2022, elle est à 420 ppp.

Le seuil d’alerte rouge est à 450 ppm et il pourrait être atteint en 2030. Pour éviter le pire, le Giec a rappelé que les trois prochaines années étaient cruciales. Le (la) Président(e) en fera-t-il la priorité de son quinquennat ? Au vu des soirées électorales de dimanche il est permis d’en douter.

Anne-Catherine Husson Traore, @AC_HT, directrice générale de Novethic

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