Amandine Lebreton, Pacte du pouvoir de vivre : « Le travailler plus pour gagner plus fait oublier les richesses des autres temps de vie »

avril 7, 2022

Publié le 07 avril 2022

À l’occasion de l’élection présidentielle, Novethic se penche sur ces débats oubliés, ceux qui n’occupent pas le terrain médiatique mais qui sont pourtant vitaux. Zoom aujourd’hui sur les temps de vie et la place du travail, avec une proposition originale du Pacte du pouvoir de vivre, dont Amandine Lebreton, directrice plaidoyer et prospective à la Fondation pour la Nature et l’Homme, est l’une des porte-parole. L’idée est de mettre en place une banque des temps dont chacun disposerait tout au long de sa vie.

En quoi consisterait cette banque des temps ?

Ce serait une banque qui appartiendrait au travailleur et pas à l’employeur et qui permettrait de constituer un compte épargne temps rattaché à la personne et transférable d’un emploi à l’autre. L’idée est de placer sur ce compte des droits en temps (RTT, congés payés, etc.) ou de transformer des primes ou des majorations d’heures supplémentaires en temps. Le compte serait en outre abondé par les entreprises ou par l’État. Il pourrait être utilisé au bon vouloir du travailleur, à tout moment de sa vie, pour mener à bien un projet personnel, s’occuper de sa famille, ou simplement pour réduire son temps de travail et passer par exemple à la semaine de quatre jours pendant une période donnée.

L’objectif est de permettre de trouver un équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée afin de mieux vivre, ce qui est le sens du Pacte du pouvoir de vivre. C’est notamment une demande de plus en plus forte chez les jeunes. Et puis, on peut avoir envie de beaucoup travailler en début de carrière parce qu’on est plein d’énergie et puis éventuellement de ralentir avec l’arrivée des enfants notamment. La vie n’est pas linéaire, nous ne sommes pas des machines.

Cette banque des temps modifierait-elle la place du travail dans notre société ?

Le temps consacré au travail a structuré nos vies et on a organisé nos autres temps autour. Cela a entraîné des burn-out, une perte de sens, ou encore un affaiblissement de la vie démocratique. Chaque jour, des millions de bénévoles se mobilisent en France. Ils constituent un substrat essentiel pour notre société, et pourtant c’est un temps qui n’est pas valorisé. Ces bénévoles sont très majoritairement des retraités alors qu’on peut avoir envie à 40 ans de dédier une journée à sa commune ou à une association sportive.

Il s’agit d’élargir le champ de ce à quoi on contribue dans la société, et qui ne passe pas que par l’emploi rémunéré, qui est bien sûr structurant par ailleurs. La campagne présidentielle n’a pas fait émerger cette autre vision de la société et du travail. Au contraire, le « travailler plus pour gagner plus » est toujours d’actualité et les richesses qu’apportent les autres temps de vie sont oubliées. C’est être aveugle sur ce qui fait notre société, ce qui apporte du commun. Choisir et organiser ses temps de vie est essentiel.

Cette banque des temps pourrait-elle aussi permettre d’accélérer la transition écologique ?  

Oui bien sûr. Abandonner sa voiture pour se déplacer à pied ou en vélo, voyager en train plutôt qu’en avion, ça demande du temps. De même, manger des produits frais suppose d’aller au marché. Recycler, trier, réparer, acheter du vrac, passer à un fournisseur d’énergie verte, se reconnecter à la nature, tout cela demande du temps. S’engager dans la transition suppose de vivre ses temps quotidiens autrement, car la course à la vitesse est contraire à la transition écologique.

Propos recueillis par Concepcion Alvarez @conce1

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