Subir ou se transformer, comment les entreprises s’adaptent à l’envolée des prix de l’énergie

avril 6, 2022

Publié le 06 avril 2022

La guerre en Ukraine accélère l’inévitable : l’enchérissement des coûts de l’énergie. Dans l’immédiat, les entreprises énergivores appellent l’État à les aider et à organiser le rationnement, elles répercutent aussi les hausses ou suspendent des unités de production. Des sociétés se projettent à plus long terme et investissent pour réduire leur consommation et se tourner vers les énergies renouvelables.

La guerre en Ukraine pourrait faire bouger les lignes. Ce drame rappelle en effet la nécessité de réduire notre dépendance aux énergies fossiles et aux ressources naturelles. Les appels à plus de sobriété se multiplient, ils émanent de l’État ou encore des industriels eux-mêmes qui demandent à être rationnés.

« La situation actuelle, avec des prix de l’énergie extrêmement élevés va durer au moins jusqu’au printemps 2023« , répète Nicolas de Warren, président de l’Union des industries utilisatrices d’énergie (Uniden). Ainsi, l’association chargée de défendre les intérêts des entreprises énergivores appelle à « prendre toutes les mesures réglementaires pertinentes conduisant à une réduction de la consommation tant de gaz que d’électricité« . L’association encourage notamment à « rationner dès maintenant les volumes mis en marché« .

L’Uniden prévient en effet que des entreprises sont contraintes de mettre certains ateliers à l’arrêt. Par exemple, des fabricants de zinc ou encore d’ammoniac ont temporairement fermé certains sites pour ne pas produire à perte, comme les groupes Yara et Borealis qui produisent 40 % de l’ammoniac fabriqué en France. L’entreprise française de robinetterie Kramer (ex-Jacob Delafon) a dû prendre une décision similaire dans une usine d’éléments sanitaires haut de gamme en céramique. « Notre prévision cette année était de dépenser 400.000 euros (pour la facture énergétique, ndr). Si on ne fait rien, c’est 4 millions d’euros« , explique ainsi le PDG Manuel Rodriguez interrogé sur BFMTV. Les cinquante-quatre salariés ont été placés en chômage partiel, précise le dirigeant.

La hausse des coûts de l’énergie est structurelle

D’autres entreprises prennent les devants pour ne plus subir ces hausses de coûts. En effet, même si la flambée des prix de l’énergie est accentuée par la guerre en Ukraine, les experts sont unanimes pour dire que la hausse des coûts de l’énergie est structurelle. Elle ne va pas s’atténuer avec le temps. « Tous les critères sont réunis pour que l’on ait une hausse durable des prix« , confirme Jean-Sébastien Degouve, président et cofondateur d’Opéra Energie, un courtier en énergie. Les entreprises sont donc incitées à se transformer pour moins consommer d’énergie.

Les industries se lancent dans la chasse au gaspillage et réduisent leur consommation d’énergie là où c’est possible. « Nous travaillons sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement pour privilégier les matières les moins énergivores à toutes les étapes de la production« , indique ainsi Tanguy Robert, PDG du cabinet de conseils Sami. D’autres investissent pour faire évoluer leurs outils de production. « Avec des prix de l’énergie durablement élevés, cela devient rentable« , confirme Jean-Sébastien Degouve.

Engouement des entreprises pour les énergies renouvelables

Les entreprises sont aussi de plus en plus nombreuses à vouloir se tourner vers les énergies renouvelables. « Beaucoup de clients souhaitent pratiquer l’autoconsommation d’énergie« , confirme Jean-Sébastien Degouve. Des groupes comme Casino, Leclerc, Carrefour, Castorama, Auchan, ou encore Leroy Merlin et Ikea ont engagé ce mouvement depuis quelques années avec l’installation de panneaux solaires sur les toits des magasins ou sur les parkings des supermarchés notamment. Toutefois, cette possibilité reste limitée car « les groupes doivent être propriétaires de leurs locaux et les sites doivent pouvoir accueillir des panneaux photovoltaïques« , précise Jean-Sébastien Degouve.

Le courtier en énergie recommande aussi à ses clients de se tourner vers des PPA (Power Purchase Agreement), des contrats d’approvisionnement de gré à gré entre le client et le fournisseur d’énergie. Ces contrats d’achat d’énergie directement auprès des producteurs suscitent un réel intérêt des entreprises qui peuvent ainsi décarboner leurs usages et s’assurent de prix fixés à long terme. Après la SNCF ou Google, Décathlon, Boulanger ou Carrefour se sont tournés vers cette solution. « Mais la demande pour ces projets excède l’offre« , souligne Jean-Sébastien Degouve. Alors que le dernier rapport du Giec appelle clairement à une sortie des énergies fossiles, les entreprises devraient continuer à se ruer vers ces solutions aussi pour réduire leur empreinte carbone. De plus en plus d’entreprises rejoignent ainsi le réseau RE100 et s’engagent sur un objectif 100 % renouvelable d’ici 2028 en moyenne et au plus tard en 2030.

Mathilde Golla @Mathgolla

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