L’origine sociale des élus ne reflète pas la société, même au niveau local

mars 29, 2022

Les cadres supérieurs représentent 61 % des conseillers régionaux, plus de la moitié (55 %) des conseillers départementaux, 42 % des conseillers communautaires et 28 % des conseillers municipaux, alors que leur part dans la population est d’à peine 20 %, selon les données 2021 du ministère de l’Intérieur. Les artisans, commerçants et chefs d’entreprise, le plus souvent des non-salariés, sont également beaucoup plus représentés dans les instances politiques locales que leur part dans la population (6,5 %), en particulier au sein des conseils régionaux (12,4 %). Les agriculteurs exploitants forment 1 % de la population mais 10,7 % des conseillers municipaux, notamment en raison du nombre très important de communes rurales.

À l’opposé, les employés et les ouvriers, respectivement 26,5 % et 20,3 % de la population, sont très peu présents dans les instances de la vie politique locale. La part des ouvriers est de 9,6 % parmi les conseillers municipaux et ils sont quasiment absents des conseils départementaux (0,7 %) et régionaux (1 %). Ils sont à peine plus nombreux dans les conseils communautaires où ils représentent seulement 3,2 % des élus. La proportion des employés est un peu plus élevée parmi les élus locaux. Elle est la plus importante chez les conseillers municipaux (18,9 %), mais reste en deçà de leur proportion dans la population. Enfin, les professions intermédiaires (les « classes moyennes ») sont représentées quasiment à hauteur de leur part dans la population (25,6 %), en particulier dans les conseils municipaux (23,8 %), mais deux fois moins dans les conseils régionaux (13,5 %).

À noter : ces données portent sur les élus ayant déclaré une profession. Nous n’avons pas considéré ici les élus retraités et inactifs car leur catégorie sociale n’est pas communiquée. Il faudrait disposer d’informations sur l’appartenance à leur ancienne catégorie socioprofessionnelle pour que l’analyse soit plus complète.

Comme pour les députés (voir notre article « L’Assemblée nationale ne compte quasiment plus de représentants des milieux populaires »), s’investir dans la vie politique locale n’est pas à la portée de tout le monde. Un niveau de diplôme élevé et la connaissance des réseaux du pouvoir sont des atouts majeurs, voire indispensables, pour occuper des fonctions au sein d’exécutifs locaux, surtout pour les plus importants d’entre eux. Il faut aussi savoir s’exprimer en public, face aux médias, faire jouer un ensemble de relations pour mobiliser des bénévoles pendant la campagne électorale, collecter des fonds, etc.

Pour les salariés du privé, l’engagement en politique comporte également un risque professionnel élevé en cas d’échec après un mandat. Ce n’est pas le cas pour les fonctionnaires qui peuvent se placer en disponibilité, ni de certaines professions libérales qui ont la possibilité de sous-traiter une partie de leurs activités durant leur mandat.

L’origine sociale des élus locaux
Unité : %
Conseillers municipaux
Conseillers communautaires
Conseillers départementaux
Conseillers régionaux
Part dans la population
Agriculteurs 10,7 11,8 5,8 4,5 1,3
Artisans, commerçants, chefs d’entreprise 9,0 10,3 9,2 12,4 6,5
Cadres supérieurs 28,0 41,8 55,3 61,1 19,8
Professions intermédiaires 23,8 20,7 19,8 13,5 25,6
Employés 18,9 12,3 9,1 7,6 26,5
Ouvriers 9,6 3,2 0,7 1,0 20,3
Ensemble 100 100 100 100 100

Hors retraités et inactifs. Lecture : la part des ouvriers est de 9,6 % parmi les conseillers municipaux, alors qu’ils constituent 20,3 % de la population.
Source : ministère de l’Intérieur – Données 2021 – © Observatoire des inégalités

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