Panorama et enjeux de la filière « Aciéries électriques »

décembre 30, 2021

30/12/2021

Au sein du contrat de filière Mines et métallurgie, le Groupe de travail sur les aciéries électriques vise à identifier les forces et les faiblesses des sites français, et propose des leviers de développement de la filière en France.

Dans un contexte d’objectifs ambitieux de décarbonation de l’industrie (et notamment de la filière sidérurgie), les aciéries électriques vont jouer un rôle essentiel. Les mutations et l’essor de certains marchés avals (e-mobilité, ENR, etc.) sont également une source d’opportunité pour diversifier les activités. Bien sûr, certains points d’achoppement persistent, qu’ils soient intrinsèques à la situation française, ou plus généraux.

Ce rapport présente :

  • Un état des lieux de la filière « électrique » française, ses leviers potentiels de développement, et certaines pistes d’action permettant de conserver et développer les activités et les emplois sur notre territoire.
  • Des objectifs et propositions d’actions à envisager à l’échelle française (voire européenne) dans les domaines de l’approvisionnement en matières premières et consommables, élaboration, transformation, émissions, consommation. Ces actions permettront de consolider la filière électrique, voire d’en faire un vecteur de relocalisation en France d’activité sidérurgiques dans les prochaines années.

Objectifs et propositions d’actions portant sur les ferrailles

Objectifs

  • Conserver sur le territoire des ferrailles de bonne qualité et en quantité suffisante ;
  • Maintenir le cours de la ferraille assez bas et moins fluctuant (écarts de prix parfois très importants) ;
  • Favoriser le tri amont des déchets / ferrailles de la part des industriels, ce qui permettrait d’améliorer le volume de ferrailles (notamment de bonne qualité) disponibles pour les aciéries électriques ;
  • Contrôler le flux d’exportations des ferrailles ; le diminuer pour maintenir des prix compétitifs, développer une filière de récupération + recyclage en France ;
  • Diminuer la provenance d’alliage issu de l’extraction minière, poursuivre des objectifs de décarbonatation des aciers français / européens, créer de l’emploi en France, relocaliser en France le sourcing d’alliages ;
  • Donner un éclairage à l’échelle mondiale pour indiquer que le recyclage par voie électrique ou convertisseur ne permet d’alimenter qu’une partie de la demande mondiale d’acier, ce qui permet la coexistence d’un mix des deux types de ressources

Actions

  • De manière générale, acheter aux acteurs locaux et privilégier les circuits courts pour éviter les problèmes logistiques.
  • Inclure les CSF industriels dans les réflexions de tri amont, et faire en sorte que le CNI s’empare de ce sujet.
  • Favoriser par exemple la récupération des chutes des clients vers les usines.
  • Étudier la pertinence de développer une filière d’économie circulaire française voire européenne en utilisant les coproduits métalliques d’industrie sidérurgiques, chimiques, pétrochimiques, mécaniques, « électromobilité » pour les transformer via des process pyro-métallurgiques en alliages de Ni, Mo, Mn.
  • Réfléchir, au niveau européen, à des actions réglementaires permettant de conserver la ferraille de la qualité – ou à tout le moins de limiter son exportation hors UE – via notamment la révision du Règlement sur le Transfert Transfrontalier des Déchets.
  • Discuter sur les alternatives existantes sur la formation des prix de la ferraille : prix libre sur un marché ouvert mondial avec des arbitrages naturels, ou prix règlementé sur un marché intérieur réservant la ferraille au seul marché européen, comme ressource stratégique interne.
  • Traiter séparément la question des aciers inox, dont la problématique est différente, puisque les productions européennes d’inox, exclusivement à base d’aciéries électriques et de ferrailles, sont en concurrence avec des aciers indonésiens qui bénéficient d’un coût de nickel inférieur au prix de marché mondial, l’Indonésie ayant interdit toute exportation de nickel non transformé.

Objectifs et propositions d’actions portant sur d’autres sujets

Dépendance étrangère, défense commerciale, positionnement de la chaine de valeur, domaine capitalistique, domaine réglementaire, attractivité

Objectifs

  • Réduire la dépendance étrangère en consommables / outils.
  • Intégrer d’avantage la filière vers l’aval.
  • Réduire/ compenser les coûts énergétiques.
  • Disposer peut-être de moins d’acteurs mais qui soient des leaders dans leur domaine.
  • Garantir que les marchés de souveraineté nationale soient servis par les acteurs français.
  • Faciliter les financements de modernisation des outils de production sur le long terme / transition écologique, innover, développer la digitalisation des entreprises.
  • Améliorer l’image de la filière.
  • Contribuer à la réindustrialisation et l’amélioration de la souveraineté de la France, qui permettra à moyen termes de donner suffisamment de volumétrie en termes d’activité pour l’ensemble de la chaine de valeur, et permettra donc de pérenniser les outils, et in fine de provoquer des nouveaux investissements sur les sites français, en vue de proposer des produits sur des marchés porteurs.

Actions

  • Créer et garantir une filière d’approvisionnement de certains consommables, notamment les électrodes et les réfractaires, en France ou au moins en Europe ; aujourd’hui quasi 100 % tributaires de la Chine.
  • Étudier l’opportunité de structurer des filières de collecte (à l’instar de ce qui a été fait par le passé sur la ferraille) et des partenariats nationaux sur le recyclage de certains produits ou sous-ensemble (un exemple parmi d’autres pouvant être les batteries liées à l’électromobilité).
  • Durcir les mesures de défense commerciales (niveau de taxation, règles de quotas, politiques exemptions).
  • Sanctuariser le Crédit impôt recherche, favoriser les partenariats Européens pour rendre plus compétitives les filières de sous-traitance, de co-traitance.
  • Assurer une continuité des règles fiscales et sociales.
  • Poser le cadre de contrats long terme permettant l’accès à de l’électricité (et à du gaz) compétitive et décarbonée sur du long terme, contribuant à la sécurité de l’approvisionnement et la compétitivité. Un travail collaboratif pourra notamment être engagé avec le CNI, dont le GT « Énergie » rendra en décembre 2021 des pistes d’orientations et de recommandations.
  • Garantir une politique homogène entre la France et le reste de l’Europe en matière réglementaire.
  • Proposer des subventions plus importantes (en termes d’enveloppes) quelle que soit la taille des entreprises sur des thématiques environnementales, de relocalisation d’activité, de digitalisation, de R & D, de développement marché, de modernisation des  outils industriels (aides aux CAPEX), avec, en corollaire, des engagements des entreprises en matière de maintien / développement des emplois et compétences.
  • Revaloriser les filières d’apprentissage pour les métiers techniques en créant par exemple une école interne entreprise et/ou inter-sidérurgie française qualifiante avec des socles communs et des spécialisations propres aux filières industrielles.
  • Améliorer le « marketing » de la filière électrique (et sidérurgique au sens général).

Mis à jour le 30/12/2021

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